Chats de Foyer

Chaque semaine avant huit semaines compte pour un chaton

Par Nés dans le Salon

La seule information d'origine qui compte vraiment quand l'historique d'un chaton est flou, c'est l'âge qu'il avait en quittant sa mère et sa fratrie. Même approximative, cette date pèse plus lourd que le poids du jour, l'air éveillé ou la phrase du vendeur. Le repère à garder en tête est huit semaines. En dessous, le chaton se traite comme plus jeune qu'annoncé : pour la fréquence des repas, la façon de le porter, le rythme des présentations.

La scène se répète. On vous tend le chaton dans un couloir, devant une porte de garage, parfois sur un parking, avec un sac de croquettes entamé et une phrase : « il est sevré, il mange tout seul ». Vous l'avez dans les mains. Le ventre est tendu et rond, le poil encore cotonneux, ouvert sur les flancs comme s'il n'était pas tout à fait fini. Vous le posez au sol : il s'accroupit une seconde avant de démarrer, et il regarde votre main avant de la sentir. Les yeux sont d'un bleu voilé. Je pose une seule question, toujours la même : quelle est la date de naissance, et à quelle date part-il ? C'est la soustraction qui m'intéresse.

Sur une attestation de cession, ces deux dates figurent. Encore faut-il les demander, parce que la réponse naturelle est un âge, pas une date. « Il a environ deux mois. » Je repose la question : né quand, parti quand ? Si la réponse est une fourchette, une semaine entière, je retiens le bas de la fourchette et je travaille avec ça. Personne ne ment forcément, d'ailleurs. Un chaton de six semaines est vif, il joue, il croque des croquettes : il a l'air d'avoir deux mois. C'est précisément le piège.

Entre deux et huit semaines, on apprend à vivre avec des chats

C'est la période où le chaton apprend ce qu'aucun humain ne peut lui transmettre correctement. À deux semaines, il ne fait pas grand-chose d'autre que téter et dormir. Vers trois ou quatre semaines, il se met à jouer avec ses frères et sœurs, et c'est là que tout se joue : la morsure qui va trop loin, le frère qui couine, la mère qui intervient d'un souffle ou d'un coup de patte. Le chaton enregistre. Il apprend où s'arrête une morsure, ce que veut dire un grognement, comment reculer, comment attendre son tour devant la gamelle, comment lire la queue d'un chat adulte.

Huit semaines, c'est à peu près la fin de ce cours.

Un chaton qui part à cinq semaines part au milieu de la classe. Il n'a pas fini d'apprendre ce que sa fratrie lui enseignait, et ce qu'il n'a pas appris là, il faudra le lui apprendre à la main, plus tard, en le répétant beaucoup.

« Il est sevré » répond à une autre question

Le sevrage, le passage au solide, se fait en général vers quatre ou cinq semaines, parfois avant. Un chaton de cinq semaines est donc très souvent sevré au sens alimentaire : il mange seul, il se débrouille. Cette phrase décrit une assiette, pas un stade de développement. Sevré et prêt à partir ne sont pas la même chose, et la confusion entre les deux est probablement celle que je rencontre le plus souvent, y compris chez des personnes de bonne foi qui ont eu des chats toute leur vie.

Trois repères ordinaires pour dater un chaton soi-même

Quand la date reste floue, on peut estimer. Ce ne sont pas des mesures de laboratoire, juste ce que je regarde, dans cet ordre.

Le poids

Un chaton naît autour de cent grammes, et le repère grossier que j'utilise est d'environ cent grammes de plus par semaine de vie. À huit semaines, on tourne donc autour de 800 grammes, souvent un peu plus. C'est une moyenne, pas une règle : dans une portée de six, les petits sont plus légers ; un chaton unique est plus lourd. Plus utile que le chiffre du jour, la courbe. Je pèse sur une balance de cuisine, dans un bol, tous les deux jours pendant les premières semaines, et je note. Un chaton qui arrive en dessous de 700 grammes, je le considère comme plus jeune qu'annoncé, quel que soit l'âge officiel.

Les yeux

Les chatons naissent les yeux fermés, ils les ouvrent vers dix à quinze jours, et à ce moment-là tous les yeux sont bleus. Cette couleur se casse progressivement entre cinq et sept semaines, puis se fixe vers trois mois. Un chaton dont les yeux sont encore franchement d'un bleu voilé, sans zone qui vire, est plus proche de cinq semaines que de huit. À l'inverse, des yeux déjà ambrés ou verts à l'arrivée indiquent un chaton qui a de la route derrière lui.

Les dents

À huit semaines, le chaton a sa série complète de dents de lait, y compris les petites dents du fond. Avant six semaines, celles du fond sont encore en train de percer. Je regarde en soulevant doucement la lèvre sur le côté, avec le bout du doigt, sans ouvrir la gueule de force. Un chaton dont les molaires arrière percent à peine n'a pas huit semaines, même s'il mange des croquettes depuis dix jours.

Ce qui se voit trois, six, dix mois plus tard

Il n'y a pas de verdict, il y a une pente.

Ce que je remarque le plus souvent, chez les chats arrivés trop tôt, c'est une inhibition de la morsure plus fragile : le chat qui mord la main pendant une caresse et qui ne sait pas s'arrêter, ou qui passe du jeu à la morsure sans palier. Vient ensuite la tolérance aux manipulations : les pattes, le portage, la caisse de transport, la coupe des griffes, la table du vétérinaire. Et puis la vie entre chats. Celui qui n'a pas eu de fratrie lit moins bien les signaux, insiste quand l'autre dit stop, se fait corriger plus durement.

Le rattrapage passe par une chose simple à dire et longue à faire : faire le frère ou la sœur. Réagir à chaque morsure de la même façon, tout de suite, sans exception. Un « aïe » bref, on retire la main, le jeu s'arrête. Manipuler souvent mais court, plutôt que rarement et long. Et si un chat adulte tolérant est déjà dans la maison, il fera une partie du travail, à condition qu'il accepte de jouer le jeu ; un adulte qui se contente d'éviter le chaton n'apprendra rien à personne.

Un dernier point sur lequel je me méfie de moi-même : un chaton de cinq semaines est souvent plus « attachant » que celui de huit. Il suit, il réclame, il s'accroche. Ce n'est pas un signe de maturité, c'est le signe qu'il ne sait pas encore se débrouiller seul. La vivacité d'un chaton ne dit rien de sa date de départ.

S'il est plus jeune que prévu

Petits repas, plus rapprochés : quatre ou cinq prises plutôt que deux grosses. Une seule pièce au début, sans courant d'air, avec un bac à litière à bord bas tout près du couchage, parce qu'à cinq semaines on n'a pas toujours le temps d'aller jusqu'au bout du couloir. Des manipulations courtes et fréquentes plutôt que longues et rares. Les présentations avec un autre chat se font par étapes, pas le premier soir.

La règle que je me donne est simple : tant que le doute existe sur l'âge, je traite le chaton comme s'il avait deux semaines de moins que ce qu'on m'a annoncé. Cela coûte quinze jours d'attention, et cela évite de passer à côté de quelque chose qu'on ne rattrape pas complètement.

Deux dates, et un vétérinaire

À l'arrivée, le rendez-vous chez le vétérinaire sert aussi à ça : confirmer l'estimation, regarder la courbe de poids, faire le point sur ce qui est à jour et poser le calendrier des soins. C'est le bon endroit pour la question de l'âge, pas la conversation sur un parking.

Le reste fait partie de l'arrivée normale d'un chaton en France : le certificat d'engagement signé avant l'acquisition, l'attestation de cession, et l'identification au nom de l'adoptant. Sur ces documents, deux dates. La naissance, et le départ. C'est la deuxième qui décide des premières semaines à la maison.

Si l'on vous répond huit semaines ou plus, tout va bien. Si l'on vous répond quatre, cinq ou six, vous savez quoi faire dès le premier soir. Et si l'on ne vous répond rien du tout, vous partez du principe que le chaton est plus jeune, vous le pesez, et vous en parlez au vétérinaire.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

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