Chats de Foyer

À 4 mois, un chaton perd ses dents de lait et grimpe partout

Par Nés dans le Salon

À 4 mois, un chaton traverse deux changements physiques qui expliquent presque tout ce qu'on observe de lui au quotidien : sa mâchoire remplace ses dents de lait par des dents définitives, et son corps continue de pousser vite, moins vite qu'à deux mois, mais assez pour que des surfaces jusque-là hors d'atteinte deviennent des postes d'observation. Un chaton de cet âge qui mordille le pied d'une chaise et qui surgit sur une étagère ne fait donc pas deux bêtises différentes : il soulage une gencive en plein travail et il utilise une coordination qui vient de changer de catégorie. Le reste, ce qu'il découvre, ce qui l'effraie, la manière dont il teste ce qui est permis, appartient au comportement, et cela mérite d'être lu séparément.

La première fois que j'ai trouvé une dent sur le carrelage de la cuisine, j'ai pensé à un éclat de vaisselle. Un demi-millimètre de blanc, avec une petite racine recourbée. Je l'ai ramassée, posée sur le plan de travail, puis j'ai pris le chaton sur mes genoux et j'ai soulevé doucement sa lèvre supérieure. Entre les deux incisives du milieu, il y avait un espace qui n'existait pas la semaine précédente.

C'était un mardi soir, il avait quatre mois et quelques jours. J'ai mis un moment à comprendre que ce que j'avais dans la main n'était pas un débris : c'était le premier signe visible d'un chantier de deux mois et demi.

Le calendrier de la bouche

Un chaton a déjà toutes ses dents de lait très tôt, vers six à huit semaines, et pendant des semaines rien ne bouge. Puis la mâchoire se met au travail, généralement vers trois à quatre mois. Les incisives partent les premières, et ce sont les plus faciles à surveiller : on passe le bout du doigt sur la gencive sans forcer et on sent un trou. Les canines suivent, et là la différence saute aux yeux quand on joue. Les crocs de lait sont fins, presque fragiles ; ceux qui poussent en dessous sont visiblement plus larges.

Ce qui se passe au fond, en revanche, personne ne le voit. Les molaires se remplacent sans témoin, et c'est probablement là que la gêne est la plus réelle. C'est en tout cas l'explication que je donne au fait que le pied de la bibliothèque soit devenu, pendant ces semaines-là, son objet préféré.

Vers six ou sept mois, l'affaire est classée : la denture définitive est en place, on n'y pense plus.

Entre-temps on trouve des dents. Sur le carrelage, sur le tapis, une fois dans le panier. Elles sont minuscules, on en perd la moitié, et ce n'est pas grave.

Pendant ce temps, la gueule travaille

Un chaton qui mordille tout à cet âge n'exprime ni dominance ni agressivité. Il a une gencive qui démange, une pression à faire partir, et il soulage ça là où il peut : carton, coin de plaid, pied de meuble, parfois les doigts si on les laisse traîner. J'ai remarqué que ça se calme quelques jours après la chute d'une dent, puis que ça reprend ailleurs dans la gueule. Ça ressemble beaucoup à une série de petits épisodes plutôt qu'à un trait de caractère.

Ce mordillage-là a une signature : il est rythmé, il dure, il vise des objets, et le chaton a souvent l'air ailleurs. Autre chose se joue quand un chaton attrape les mains au passage, et ce n'est pas le dossier d'aujourd'hui.

La courbe monte, le rythme change

Quatre à six mois, c'est une charnière : la période d'arrivée est digérée, l'adolescence n'a pas encore commencé. Physiquement, ça se traduit par une croissance qui continue mais qui change de nature.

Je pesais les chatons sur la balance de cuisine, avec une serviette pliée dans le plateau pour qu'ils ne glissent pas. Pendant les premières semaines, les écarts d'une pesée à l'autre étaient spectaculaires. À quatre mois, la courbe monte toujours, mais les gains hebdomadaires sont plus modestes. Pas parce que la croissance s'arrête : parce qu'elle se transforme. Ce qui pousse maintenant, c'est la longueur des pattes, la profondeur du poitrail, l'allongement du museau. Je ne reconnais pas sur les photos le chaton d'il y a trois semaines, et pourtant le poids, lui, n'a pas beaucoup bougé.

Quand le seul repère qu'on a, c'est le chiffre qui grimpe vite, cette phase donne l'impression que quelque chose ralentit. Ce n'est pas le cas. C'est le format qui se dessine.

L'appétit suit la même courbe

Ce que je vois avant tout, c'est la vitesse. La gamelle se vide plus vite qu'avant, et le chaton revient dans la cuisine bien plus tôt dans la journée. Le rythme des repas se resserre naturellement à cet âge, sans que personne n'ait rien changé : une journée de croissance, ça consomme.

Un chaton en pleine poussée peut donc avoir un appétit qui surprend par rapport à ce qu'il mangeait à trois mois, et c'est cohérent avec le reste. L'inverse mérite un appel : un chaton qui ralentit nettement, qui laisse la gamelle pleine plusieurs jours de suite, ou qui se met à manger en penchant la tête, ce n'est plus du calendrier.

Du sol au rebord de fenêtre

C'est le changement le plus visible quand on vit avec lui. À trois mois, il montait sur le canapé en s'aidant et redescendait mal. À quatre mois et demi, il ne monte plus : il arrive. La détente des pattes arrière, la queue qui se replace en l'air, la réception qui ne fait plus de bruit, tout ça s'est ajusté en quelques semaines, et d'un coup l'appartement n'a plus la même géographie.

La chaise devient une marche, la table un palier, l'étagère un poste d'observation. Le plan de travail de la cuisine passe du statut de mur à celui de meuble accessible. Dans mon souvenir, c'est la période où j'ai déplacé le plus de choses : la plante du rebord de la fenêtre, les objets fragiles de l'étagère basse, tout ce qui traînait à hauteur de saut.

Ce n'est ni de la bêtise ni de la désobéissance. C'est un corps qui vient de changer de catégorie et qui explore l'étendue de ce qu'il peut faire. Une fenêtre ouverte, un balcon, un rebord accessible : ce qui était sans risque à deux mois ne l'est plus au même endroit à quatre.

Ce qui n'est plus de l'observation

Il y a une limite claire. Trouver une dent, un peu de rosée sur un jouet le jour où elle tombe, un chaton qui mordille plus que d'habitude : c'est le calendrier normal. Un saignement de la gueule qui persiste, une dent cassée, un chaton qui arrête de manger, ce sont des questions de vétérinaire, pas des choses à surveiller quelques jours à la maison en espérant que ça passe.

De la même façon, la visite de rappel de cette période est le bon moment pour montrer ce qu'on a remarqué dans la bouche. Une dent définitive qui pousse à côté de sa voisine de lait, par exemple, ça se signale et ça se regarde, mais ça ne se règle pas sur le carrelage de la cuisine.

Le physique a une fin. Vers six ou sept mois, la denture est complète, la croissance se tasse, l'appartement est entièrement exploré. Ce qui ne se termine pas, c'est le reste : ce qu'il découvre, ce qui l'effraie, la façon dont il occupe la maison. Deux histoires avancent en même temps, mais ce n'est pas la même histoire, et les mélanger, c'est finir par expliquer une peur avec une molaire.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

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