Chats de Foyer

Pourquoi votre chaton abandonne la partie au milieu du jeu de chasse

Par Nés dans le Salon

Un chaton ne s'arrête pas au milieu du jeu parce qu'il s'ennuie, mais parce que la séquence de chasse a été cassée avant la phase qui la referme. Une séance de bâtonnet se déroule en six temps — recherche, guet, poursuite, bond, capture, courte pause — et le chaton n'a pas besoin que ce soit long, il a besoin que ce soit complet. Deux erreurs symétriques provoquent l'abandon : couper trop tôt, avant que la proie ait été attrapée, ou tirer trop longtemps en agitant l'objet jusqu'à ce que le chaton passe en surexcitation et décroche. La règle est de faire durer l'enchaînement, pas l'agitation, et de terminer chaque séance sur une capture réussie.

Je m'assois par terre en fin de soirée, quand l'appartement est retombé au calme. Je pose le bâtonnet sur le parquet, la ficelle en travers du sol, et pendant quelques secondes je ne fais rien du tout. Le chaton finit par le repérer : il s'arrête, une patte en l'air, il avance de trois pas, il se fige de nouveau. C'est déjà le début de la séquence, et c'est là que beaucoup de parties se perdent. On agite tout de suite, le chaton n'a rien cherché, il n'a fait que suivre un objet qui bouge.

Recherche et guet : le moment où je ne fais presque rien

Le premier tiers d'une séance ressemble à un chat qui ne joue pas. La proie est là, à peine visible, elle avance de quelques centimètres, elle disparaît derrière un pied de meuble. Le chaton se met à plat, ventre au sol, arrière-train légèrement relevé, et il progresse par micro-poussées. Ses pupilles prennent toute l'iris. Le bout de sa queue bat par petits coups secs. Ce n'est pas de l'attente passive, c'est de la charge.

Je ne parle pas pendant ce temps. Je ne tape pas le sol, je ne secoue pas la ficelle pour l'encourager. Un chaton qui bondit sur une proie déjà en fuite permanente n'apprend rien de la phase de guet, et c'est justement celle qui lui demande le plus de maîtrise de lui-même. Un chaton à qui on ne laisse jamais ce temps-là se jette sur tout ce qui remue, y compris sur les mains, parce qu'il n'a jamais eu à freiner avant le saut.

La poursuite : des ruptures, pas des tours

Quand il démarre, la proie doit fuir, pas tourner en rond. Je tire en ligne sur un mètre ou deux, je m'arrête, je repars dans l'autre sens, je fais disparaître le leurre derrière un coussin et je le laisse ressortir plus loin. Ce sont les ruptures qui entretiennent la poursuite. Un leurre qui décrit des cercles rapides au même endroit devient très vite un ventilateur de plafond : le chaton le regarde comme on regarde un objet, il ne le chasse plus.

C'est aussi là que je place ma limite. Une poursuite continue de trente secondes envoie un chaton de trois mois en surexcitation, et une fois qu'il est monté, il ne redescend pas en jouant. Des poussées de quelques secondes, séparées par un arrêt net, tiennent beaucoup plus longtemps qu'une cavalcade continue.

Le bond et la capture, l'endroit exact où la partie se casse

Le chaton s'assoit sur son arrière-train, il le dandine, il ajuste. Puis il saute. À cet instant précis, j'ai déjà arrêté de tirer. Si je retire le leurre au moment du bond, il retombe sur du vide. Une fois, ça l'amuse encore. Deux fois, il ralentit. Trois fois, il s'assied et il regarde ailleurs, et on appelle ça « il ne veut plus jouer ».

La capture doit être réelle. Je le laisse refermer ses pattes dessus, mordre, plaquer au sol. Je garde une demi-seconde de résistance légère, comme une proie qui se débat, puis je relâche et l'objet devient mou. C'est la phase qui referme la boucle, celle qui lui dit que la chasse est finie et qu'il a gagné. C'est le point le plus important de la séance, et c'est exactement celui qu'on saute : on retire le leurre de la gueule pour relancer, on tire d'un coup sec pour continuer, et on efface le résultat. Ensuite on s'étonne que le chaton s'en désintéresse au bout de deux minutes.

Ce qui me dit que j'ai trop tiré

Après une capture, le chaton s'allonge souvent avec le leurre entre les pattes, il le mâchouille, sa queue se calme. Je le laisse faire une vingtaine de secondes, sans rien relancer. Si je repars tout de suite, il repart sur un réservoir vide, et cette fois il ne s'arrête pas sur le leurre.

Les signes que je guette arrivent dans un ordre assez régulier : les pupilles qui s'ouvrent en grand même sous la lampe du salon, les oreilles qui s'aplatissent vers l'arrière, la queue qui bat de plus en plus vite, et surtout le regard qui quitte le leurre pour se poser sur ma main. Ce dernier est le plus net. À partir du moment où le chaton surveille la main qui tient le bâtonnet plutôt que le bâtonnet lui-même, la séance est finie, même si elle n'a duré que quatre minutes. C'est aussi le moment où les morsures sur les mains et les chevilles augmentent : dès que la main entre dans le jeu, elle devient une cible comme une autre.

Cinq à dix minutes suffisent pour un chaton, souvent moins les premières semaines. Allonger ne rajoute pas de satisfaction, ça retire de la précision. Un chaton qui joue trente-cinq minutes n'est pas un chaton qui s'amuse davantage, c'est un chaton qui a dépassé le moment où il savait encore s'arrêter.

Quand un chaton quitte la partie au milieu, je me pose une question simple avant de chercher une explication compliquée : est-ce qu'il a attrapé quelque chose dans les deux dernières minutes ? Si la réponse est non, ce n'est ni une question de goût, ni de jouet, ni d'âge. C'est la séquence qui a été coupée trop tôt ou étirée trop loin. La fois suivante, je ralentis le début, je multiplie les ruptures, j'arrête de tirer sur le bond, et je le laisse gagner.

Ça ne prend pas tous les soirs. Un chaton qui vient de manger, un chaton en pleine poussée dentaire, un chaton qui a déjà fait trois courses dans l'appartement ne chassent pas de la même façon. Certains soirs, la séance tient en trois minutes et se termine par un chaton allongé qui ne lâche plus son leurre. C'est très bien. C'est même le but.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

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