Chats de Foyer

Pas de balcon sécurisable ? Votre chaton peut quand même prendre l'air

Par Nés dans le Salon

Un balcon impossible à sécuriser ne condamne pas un chaton à vivre derrière une vitre. Trois voies restent ouvertes, et elles se cumulent plus qu'elles ne se remplacent : le harnais et la laisse, introduits à l'intérieur avant d'être portés dehors ; une fenêtre dont la moustiquaire est réellement fixée dans son cadre, doublée d'un poste d'observation à hauteur de vue ; et, pour ceux qui ont un bout de cour ou de terrasse, un volume grillagé qui remplit exactement la fonction du balcon sans le vide en dessous. Ce qui fait la différence n'est jamais l'objet acheté, c'est l'ordre des étapes et la surveillance qui les accompagne.

La première fois que j'ai glissé un harnais sur un chaton de trois mois, je me suis assis par terre dans le couloir, le harnais à plat devant moi, et j'ai posé une friandise au milieu des sangles. Le chaton est venu la chercher. J'ai refermé, il a reculé de deux pas, s'est assis, et m'a regardé comme si je venais de lui enfiler un pull. Je n'ai rien tenté ce jour-là. Pas de laisse, pas de porte, pas de rue. C'est la seule règle que je n'ai jamais regrettée d'avoir suivie : le premier contact avec le harnais ne se fait pas devant l'ascenseur, il se fait dans une pièce où le chat a déjà ses habitudes.

Le harnais : l'ajustement avant le dehors

Un harnais qui va mal est pire qu'un harnais absent, parce qu'on croit tenir le chat. Je vérifie trois choses, deux doigts à plat sous les sangles : celle qui passe derrière les pattes avant ne doit pas remonter dans l'aisselle quand le chat lève la tête, celle qui traverse le poitrail doit rester à peu près horizontale, et rien ne doit serrer au point de laisser une marque dans le poil après cinq minutes de port. Le test qui compte vraiment, c'est celui du recul : je tiens la laisse, le chat tire en arrière. S'il sort de son harnais dans cette position, il est trop large. C'est exactement la position qu'il prendra le jour où une mobylette passera trop près.

L'introduction se fait par paliers qui ne se sautent pas. Quelques jours avec le harnais seul, pendant le jeu, à la maison. Puis la laisse clipsée, qui traîne au sol sans être tenue. Puis la laisse en main, dans le couloir. Puis le palier, porté dans les bras. Puis l'escalier. La rue vient après, souvent plusieurs semaines après. Chaque palier peut se transformer en retour en arrière : un chaton qui se fige sur le palier ne passe pas au suivant le lendemain, il y retourne trois fois.

Et une habitude que je garde même quand la marche se passe bien : le chat sort de l'appartement dans mes bras, pas sur ses pattes. Si le seuil devient quelque chose qu'il franchit lui-même, il devient quelque chose qu'il franchit tout seul quand le voisin ouvre sa porte à 19 h. J'ai vu un chat apprendre ça en dix jours, et il a fallu six mois pour défaire le réflexe.

La fenêtre : moustiquaire clipsée et moustiquaire fixée ne sont pas la même chose

Deux objets portent le même nom et ne protègent pas pareil. La moustiquaire à clips, celle qu'on pose au printemps pour les moustiques, quitte son cadre si on appuie dessus. Je l'ai testée avec la main, pas avec le chat, et ça a suffi à me convaincre. Ce qui tient, c'est un cadre rigide avec un verrou, ou une moustiquaire vissée dans le dormant, ou un limiteur d'ouverture qui bloque le vantail avant qu'un chat puisse se glisser dans l'ouverture. À partir de là, la fenêtre peut rester ouverte de ce côté-là, et c'est déjà beaucoup : un chaton qui entend les pigeons et les voitures depuis un point fixe a quelque chose à regarder, ce qui n'est pas la même chose que de voir défiler un mur.

Il existe aussi une position de fenêtre qui tue des chats chaque printemps en France : le battant incliné en position d'aération, celui qu'on laisse entrouvert la nuit. Un chaton se glisse dans le V, puis quelqu'un referme sans regarder. Chez moi, cette position n'existe pas quand un chat est dans la pièce. Jamais.

Le poste d'observation, lui, n'est pas un modèle à choisir. C'est une fonction : une planche à hauteur d'allège, une étagère, un tabouret tiré devant la vitre. Ce qui compte est que le chat soit à hauteur de ce qui se passe dehors, et du côté qui ne s'ouvre pas. Un coussin posé sur une tablette de fenêtre fait le travail aussi bien qu'un accessoire dédié.

L'enclos extérieur : raisonner en volume, pas en modèle

Quand il y a une cour, une terrasse ou un bout de jardin, l'enclos remplace la sortie en laisse et laisse le chat choisir entre le soleil et l'ombre sans qu'on ait l'œil dessus en permanence. Je le décris par ce qu'il doit faire, pas par ce qu'il doit être. Un volume fermé, du sol jusqu'au-dessus de la tête, avec un toit ou un filet qui referme. Un bas de paroi rigide sur les cinquante premiers centimètres, parce qu'un chat pousse là où il voit du vide. Un filet tendu : un filet mou est une échelle, la tension compte plus que la taille de la maille. Et une question d'ancrage, toujours la même : à quoi ça tient ? Un mur, des poteaux scellés, une rambarde. Si la réponse est rien de solide, ça ne tiendra pas le jour où un chat décide d'escalader.

Pour un rez-de-chaussée, c'est la configuration la plus simple, parce qu'il n'y a pas de chute possible : un grillage tendu sur poteaux dans la cour joue le rôle du balcon sans le risque. C'est aussi le seul cas où le chat peut y rester seul, ce qu'un balcon ne permet jamais, même bien grillagé.

Reste le cadre administratif. En France, un ouvrage visible depuis la rue qui modifie l'aspect de la façade demande souvent une déclaration préalable en mairie ; en copropriété, le règlement intérieur et le syndic ont leur mot à dire ; en location, le bail aussi. Je préfère poser la question avant de construire que démonter après une lettre recommandée. C'est moins excitant, c'est plus rapide.

Sac à dos, poussette : ce que ça fait et ce que ça ne fait pas

Un sac à dos ou une poussette, c'est un transport, pas une promenade. Le chat est dedans, il regarde, il ne se dépense pas. Ça peut rendre service pour un trajet, pour un chat qui accepte mal la caisse, pour une sortie très calme. Ce que ça ne remplace pas : le jeu, l'escalade, la course. Ce que je vérifie avant : le chat peut se lever et se retourner à l'intérieur, l'ouverture ne peut pas être défaite depuis l'intérieur, l'air circule, et on ne laisse jamais un chat enfermé au soleil. L'introduction se fait à la maison, ouvert, avec une friandise posée dedans, sur plusieurs jours.

Ce qu'on peut faire à la place, et qui marche vraiment

Si aucune sortie n'est possible, l'essentiel du besoin se joue à l'intérieur, et plus qu'on ne le croit. De la verticale : des étagères, un arbre à chat près de la fenêtre, un chemin en hauteur qui traverse la pièce. De la nourriture à chercher : croquettes dispersées sur le sol, distributeur à plusieurs compartiments, une gamelle qui oblige à travailler un peu. Deux ou trois vraies séances de jeu avec un bâtonnet et une plume, pas dix minutes de laisse abandonnée sur le carrelage. Un perchoir qui suit le soleil dans la journée.

Les signes qu'un chat s'ennuie ne sont pas mystérieux : toilettage excessif sur le ventre et l'intérieur des cuisses, activité nocturne, griffades qui apparaissent sur un mur jusqu'ici épargné. Ces signes se traitent par l'enrichissement, pas en poussant le chat dehors. Un chaton qui a peur dehors et qu'on force à sortir se toilettera encore davantage.

Le reste est une affaire de configuration et de tempérament. Un chat qui se fige au bruit d'un scooter ne deviendra pas un chat de trottoir ; il sera un chat de fenêtre grillagée, et ce sera très bien ainsi. Un chat curieux aura besoin d'un harnais et d'une main ferme sur la laisse. Dans les deux cas, l'enclos de cour reste la seule formule qui rende le chat maître de ses mouvements sans surveillance constante.

La surveillance ne s'arrête pas au premier mois réussi

Même après un an de sorties propres, un chat surpris peut sortir de son harnais. Le corps se comprime, il tire en arrière, la sangle du poitrail glisse par-dessus les épaules et il ne reste que du nylon. Donc la laisse reste attachée au poignet, jamais posée une seconde sous prétexte qu'il est calme. Et un harnais n'arrête pas une chute : sur une rambarde, sur un muret, sur un rebord, la laisse ne remplace pas une barrière. C'est un outil de conduite, pas un équipement de sécurité antichute.

Ce que je fais aujourd'hui pour un chaton dans un appartement sans balcon modifiable tient en trois lignes : une fenêtre avec moustiquaire fixée d'un côté et un perchoir devant, un harnais ajusté et une sortie calme deux ou trois fois par semaine, et une vraie séance de jeu chaque soir. La sortie n'est pas la récompense qui répare l'ennui ; c'est un complément à une vie intérieure qui tient déjà debout.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

Découvrir l’équipe