Chats de Foyer

Les pots et l'étendoir qui font monter votre chaton à la rambarde

Par Nés dans le Salon

Le chaton ne se hisse presque jamais d'un seul bond sur la rambarde : il y arrive par étages, en passant par un objet posé sur le balcon. Sur un balcon ordinaire, ces marches existent déjà — étendoir, jardinière, arrosoir, chaise, caisse de rangement — et c'est cet escalier-là qu'il faut démonter en priorité. Rehausser la rambarde sans toucher aux objets revient à sécuriser le dernier étage d'un immeuble dont l'ascenseur fonctionne toujours.

Je l'ai vu se construire en une seule lessive. Un dimanche, l'étendoir déplié sur toute la longueur du balcon, des draps encore humides, la lumière blanche de fin d'après-midi. Le chaton avait cinq mois. Il tournait autour de mes pieds depuis un moment, et j'aurais dû comprendre : quand il tourne comme ça, il cherche. Il est monté sur la barre basse de l'étendoir, celle où l'on accroche les cintres, puis sans pause sur la barre du haut. Là, il s'est assis tranquillement. La rambarde lui arrivait au menton. Il n'a pas sauté. Il a tendu une patte, l'a crochetée, et il est passé. Le bruit des griffes sur le métal creux, je l'entends encore.

Ce qui m'a arrêté ce jour-là, ce n'est pas la hauteur de la rambarde. C'est le nombre d'étages.

Depuis, je regarde un balcon dans l'autre sens. Je commence par le sol, pas par la rambarde. Je repère ce qui traîne à hauteur de cheville, puis à hauteur de genou, puis à hauteur de hanche, et je cherche où la chaîne se casse. Je mesure avec ma main, jamais avec un mètre : une main posée à plat sur le rebord d'une jardinière, un avant-bras entre le barreau du haut et le plateau de l'étendoir. Ça suffit pour voir si la dernière marche est à portée de patte ou si elle demande un effort que le chaton ne fera pas encore.

Chaque rambarde ne propose pas la même prise

Un barreaudage vertical offre des tiges où la patte se referme. Le chaton ne passe pas entre les barres quand il est petit, mais il passe sous le panneau, dans ce jour de quelques centimètres qu'on ne voit plus à force de le regarder. C'est par là que sortent les plus jeunes.

Un barreaudage horizontal, c'est autre chose : ce sont des échelons. Un chaton qui a un objet à mi-hauteur n'a plus besoin de rien comprendre, il monte comme sur un escabeau, une barre après l'autre, sans jamais lâcher.

Les panneaux pleins, tôle ou composite, ne donnent aucune prise sur la face, mais le dessus est une tablette étroite. Le chaton y arrive avec son élan et il n'a plus qu'à se poser. Le verre, c'est le cas le plus trompeur : rien à quoi s'accrocher, mais le chaton ne voit pas la vitre, il voit ce qu'il y a derrière — une mouche, un oiseau, le reflet d'une branche — et il part droit dessus. La main courante, elle, reste une main courante, quel que soit le matériau en dessous.

L'escalier se déplace tout seul

Les objets ne sont pas là en permanence, et c'est justement ce qui endort la vigilance. L'étendoir sort le jour du linge. L'arrosoir reste au pied du pot après l'arrosage. La chaise pliante est sortie pour l'apéritif et rentrée le lendemain, parfois. La caisse de rangement descend le temps de trier, puis remonte. La jardinière se déplace quand on rentre les plantes à l'automne.

Chaque fois, l'escalier se remonte tout seul, et il se remonte à un moment où personne ne pense à regarder le balcon. Le linge étendu, c'est le pire cas : l'étendoir reste dehors des heures, parfois la nuit, et il est alors exactement à sa place de marche.

Une caisse vide n'est pas un objet rangé. C'est une marche. C'est la phrase que je me répète, parce que c'est celle qui m'a le plus servi.

Le coin où tout commence

Il y a toujours un côté plus facile que l'autre. Souvent l'angle où la rambarde vient buter sur le mur et où le retour de maçonnerie fait un petit décrochement. Ou l'endroit où le balcon se rétrécit, là où le garde-corps est doublé. Ou le coin près de la descente d'eau, parce qu'on y colle instinctivement les objets encombrants. Et il y a le coin où l'étendoir peut aller et pas ailleurs, à cause des crochets au mur : le passage le plus évident est aussi le plus prévisible.

Je commence toujours par ce coin-là. Le reste du balcon peut attendre une semaine ; celui-là, non.

Ce qu'on enlève, ce qu'on ne peut pas enlever

Quand un objet peut quitter le balcon, il le quitte. C'est plus efficace que n'importe quel ajout sur la rambarde, parce qu'on casse la continuité au lieu de rehausser le point d'arrivée. Un chaton qui n'a pas de marche intermédiaire ne monte pas ; un chaton qui a une marche intermédiaire monte même sur un garde-corps haut de un mètre vingt.

Quand l'objet ne peut pas partir — la caisse parce qu'il n'y a pas de cave, le banc parce qu'il est scellé — alors on le décale. Perpendiculaire à la rambarde, collé au mur, reculé de trente centimètres. Ce n'est pas parfait, ça laisse une marche, mais ça casse l'enchaînement : il faut un saut au lieu d'une transition, et beaucoup de chatons ne le font pas avant plusieurs mois. Je préfère le dire franchement, il n'y a pas de solution propre quand le balcon est petit et qu'il sert de débarras.

La descente, dont on ne parle jamais

Un chaton qui monte ne sait pas forcément descendre. Sur le haut de la rambarde, il est dans une position bien plus mauvaise que sur le carrelage : il n'a pas de recul pour évaluer la chute, il ne sait pas où poser la patte, et il n'a plus rien sous lui. J'en ai retrouvé un qui piait, agrippé, incapable de redescendre par où il était monté — l'étendoir avait été replié entre-temps.

C'est aussi pour ça que l'âge compte. Un chaton de trois mois qui ne monte pas n'est pas un chaton sage : c'est un chaton qui n'a pas encore la détente. À cinq ou six mois, la même rambarde devient accessible avec les mêmes objets. L'escalier n'a pas changé, c'est le chaton qui a grandi.

La jardinière posée sur la rambarde

C'est le cas particulier, celui qui mérite qu'on s'y arrête. Une jardinière accrochée sur le garde-corps, ce n'est pas seulement une marche à mi-hauteur : c'est une marche qui supprime les trente derniers centimètres, les plus dissuasifs. Et elle crée un deuxième sujet, celui des plantes elles-mêmes, qui se traite à part et que je ne détaille pas ici.

Le rangement comme geste, pas comme vertu

Je ne range pas mon balcon parce que c'est plus joli. Je le range parce que chaque objet laissé en place devient une structure.

Concrètement, un geste par objet, et toujours le même. L'étendoir se replie et se crochète au mur, pas posé ouvert contre la rambarde. L'arrosoir se vide et se suspend — vide, parce qu'un arrosoir à moitié plein reste stable et devient une marche parfaite. Les chaises rentrent sous la table. Les caisses se rangent contre le mur, jamais dans l'angle. Les pots reculent du bord.

Et le soir, avant de fermer la baie, je fais le tour. Trois pas, quatre sur un grand balcon. Je regarde le sol, pas la rambarde. C'est le moment où ils s'activent, et c'est le moment où l'on voit, en une seconde, si quelque chose est devenu une marche dans la journée.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

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