Chats de Foyer

La question qui révèle si un chaton a été socialisé

Par Nés dans le Salon

Une seule question suffit pour savoir si un chaton a été socialisé : demandez à l'éleveur de décrire une journée ordinaire dans la pièce où vivent les chatons, du premier repas du matin au dernier nettoyage de la litière. Ni « est-ce qu'il est câlin ? », ni « est-ce qu'il aime les enfants ? », qui portent sur l'instant et n'apprennent presque rien. Une journée ordinaire, elle, oblige à faire défiler tout ce qui compte entre deux et huit semaines : qui touche les chatons et à quelle fréquence, à quels bruits ils sont exposés, combien de mains étrangères sont passées depuis la naissance, quels autres animaux partagent la pièce, à quel rythme tourne la maison. C'est cette journée-là qui décide en grande partie de ce que le chaton acceptera du monde ensuite. Et une réponse vide en dit autant qu'une réponse pleine.

Je vous propose de la poser ensemble, cette question, au moment où l'on voit le chaton pour la première fois.

Vous êtes dans l'entrée d'un pavillon de banlieue, un samedi de novembre. Des chaussures d'enfants s'entassent contre le mur, il fait chaud, et derrière la porte du salon le bruit de l'aspirateur s'arrête au moment où vous enlevez votre manteau. C'est déjà une information, et personne n'a encore prononcé le mot chaton : quelqu'un passait l'aspirateur à quelques mètres d'une portée de six semaines, et dans cette maison cela n'a rien d'un événement.

L'éleveur pousse la porte. Trois chatons sont sur le canapé, un quatrième observe depuis les pieds du fauteuil. Ça sent la litière minérale et la lessive. Dans un angle, un carton tapissé d'un drap tient lieu de coin de repos, et la litière est à trois mètres de la gamelle, pas cachée dans un placard. Vous vous asseyez par terre, parce que c'est presque toujours ce qu'on fait dans cette pièce. Deux chatons viennent sur vos lacets, hésitent, repartent. Celui du fauteuil ne bouge pas.

Ce que je regarde à ce moment-là, ce ne sont pas les chatons : ce sont les mains. Est-ce qu'on saisit, ou est-ce qu'on cueille ? Est-ce qu'on continue à vous parler en le tenant, ou est-ce qu'on se concentre comme si le geste était rare ? Le chaton, lui, se tend ou reste souple ; reposé au sol, il repart vers ses frères ou il reste planté là. Un chaton porté tous les jours, plusieurs fois, par plusieurs personnes différentes se laisse manipuler comme un objet familier. Un chaton qui ne connaît que deux mains et un seul moment de la journée s'agrippe, se débat, ou se fige complètement — et l'immobilité n'est pas du calme.

C'est le bon moment pour poser la question : « Et une journée normale, ici, ça ressemble à quoi ? »

La question ne se triche pas

C'est justement ce qui fait sa valeur. Elle ne demande pas à l'éleveur de se prononcer sur son propre travail, ni de noter le chaton. Elle demande un récit, avec des heures et des gestes dedans. Or on ne raconte bien que ce qu'on a observé. Une famille d'accueil ou un éleveur qui vit avec la portée répond sans effort et en désordre : le réveil, le passage sur la petite balance de cuisine, les enfants qui rentrent à seize heures trente, la télévision qui reste allumée jusqu'au soir. Quelqu'un qui a gardé la portée dans une pièce fermée au fond du jardin répondra par des principes — « ils sont bien habitués », « ils ne manquent de rien » — et pas par une journée. Les principes, tout le monde peut les produire. Les horaires, non.

Deux précautions. D'abord, mieux vaut poser la question avant la visite, par message, en demandant une photo de la pièce : la réponse écrite est souvent plus franche que la réponse faite devant vous, une fois le chaton sur vos genoux. Ensuite, la question est la même partout. Chez un particulier, chez un éleveur, dans une association, ce n'est pas le personnel du refuge qui connaît la journée du chaton : c'est la personne chez qui il dort. Adressez-la à celle-là.

Ce qu'une journée ordinaire vous apprend sans le dire

Les mains

La première chose qui ressort d'un vrai récit, c'est le nombre de personnes différentes. On compte les mains, pas les caresses. Un chaton élevé en pièce de vie croise en six semaines l'adulte qui le pèse le matin, l'enfant qui le prend après l'école, le grand-parent du mercredi, l'ami de passage, le vétérinaire vers sept ou huit semaines. Chaque nouvelle main lui apprend que la précédente n'était pas une exception. C'est cette variété qui se transfère ensuite, pas la douceur d'une personne en particulier.

Demandez aussi la différence entre « touché » et « porté ». Un chaton caressé sur le canapé mais jamais soulevé peut très bien se figer le jour où on l'attrape pour le mettre en caisse. Le portage, avec sa séquence toujours identique — on soulève, on tient contre soi, on repose — est ce qui rend anodins les déplacements à venir : la visite chez le vétérinaire, les bras d'un invité, le trajet en voiture.

Et regardez ce que fait le chaton après avoir été reposé. S'il revient vers la main de lui-même, le contact a été autre chose qu'une contrainte tolérée.

Le bruit

« Est-ce qu'il est habitué au bruit ? » est une mauvaise question, parce qu'elle n'a qu'une seule bonne réponse. Remplacez-la par : la pièce donne où ? L'aspirateur passe-t-il devant la porte ? La télévision est-elle allumée en journée ? Y a-t-il un lave-linge à l'étage ? Puis, pendant la visite, écoutez. Une pièce des chatons totalement silencieuse n'est pas un environnement neutre ; c'est un environnement très particulier, qui n'apprend rien sur le reste d'une maison.

Le test le plus simple est celui que vous faites sans le vouloir. Vous faites tomber vos clés, une porte claque, l'éleveur hausse la voix. Un chaton qui a vécu dans le bruit domestique tourne la tête, identifie la source, revient à ce qu'il faisait. Un chaton élevé dans un silence de cabanon se plaque au sol et disparaît sous le meuble. Ce n'est pas une condamnation : c'est un écart de départ, qui vous dit combien de temps l'arrivée demandera.

Les autres

Entre deux et huit semaines, le chaton apprend surtout auprès des autres chats. La fratrie, c'est la grammaire : mordre sans percer, sortir les griffes sans griffer, s'arrêter quand le frère couine, inviter au jeu en se couchant sur le flanc. Rien de tout cela ne s'apprend seul. Demandez combien de chatons compte la portée. Un chaton unique n'est pas disqualifié, mais il n'a pas eu ce cours-là, et il faudra compenser par du jeu humain, longtemps.

Demandez aussi ce que devient la mère, et à quel moment la séparation est prévue. Une mère retirée tôt pour simplifier la vie de la maison raconte quelque chose. Une mère encore présente, détendue, qui vient vous renifler puis retourne manger, raconte l'inverse.

Restent les autres animaux. Un chien calme dans la maison, un chat adulte qui remet un petit à sa place : le chaton apprend que le monde ne contient pas seulement des chats identiques à lui. Celui qui n'a jamais vu autre chose que sa mère et ses frères mettra plus longtemps à accepter un chien, un second chat, ou même un chaton inconnu.

La routine de l'éleveur

Il y a une cinquième question, qui découle de la première : « Lequel arrive en premier à la gamelle ? Où est celui-ci dans la portée ? » Un éleveur qui observe répond en trois secondes. Un éleveur qui dit « ils sont tous pareils » vous prévient qu'il n'a pas passé beaucoup de temps à les regarder vivre. Ce n'est pas une question piège, c'est une question de fréquence : celui qui décrit les caractères de ses chatons est forcément celui qui ouvre la porte de la pièce plusieurs fois par jour.

Ce que la pièce vous dit pendant que vous êtes assis par terre

Pendant ce temps, vous avez tout sous les yeux. Est-ce que les chatons jouent entre eux devant vous, ou est-ce qu'ils restent figés à vous regarder ? La litière est-elle propre et accessible ? La lumière du jour entre-t-elle ? Et surtout : est-ce que la porte reste ouverte sur le reste de la maison, ou est-ce que l'éleveur la referme derrière lui par précaution ? Des chatons qui ont circulé dans plusieurs pièces, sur plusieurs sols, avec des bruits différents selon les heures, encaissent mieux un déménagement : pour eux, une nouvelle maison n'est qu'une pièce de plus.

Attention, cependant, à ne pas transformer la visite en examen. Le chaton qui reste sous le fauteuil et celui qui grimpe sur vos lacets peuvent avoir été socialisés tous les deux. Ce que vous regardez n'est pas l'audace, c'est si le timide reste dans la pièce avec vous ou s'il sort. Un chaton réservé qui vous observe à trois mètres est un chaton qui n'a pas peur des gens : il a un tempérament discret et il a appris que vous n'étiez pas un danger.

C'est là que beaucoup d'adoptions se jouent sur une confusion. Le caractère d'un chaton de sept semaines n'est pas une information stable : ce que vous voyez à la visite, c'est trois minutes d'une journée, dans un lieu qu'il connaît, devant des inconnus. La seule donnée réellement prédictive, c'est l'environnement qu'il a traversé — donc la réponse à la question.

Ce que la réponse ne réglera pas

Il faut être honnête sur la portée de l'exercice. Une bonne réponse ne garantit pas un chaton facile. La génétique et le tempérament jouent leur rôle, et il existe des chats parfaitement socialisés qui resteront toute leur vie distants : ce n'est pas un défaut d'élevage, c'est un caractère. À l'inverse, un chaton venu d'un endroit trop calme peut devenir un adulte tout à fait banal, à condition d'accepter un départ plus lent.

Méfiez-vous aussi du jugement trop rapide. Une portée gardée à l'écart peut l'être pour de bonnes raisons : consigne sanitaire, mère épuisée, quarantaine après un souci. La question n'est pas de décider si l'éleveur est bien ou mal, mais de savoir ce que vous recevez et à quel rythme. Un chaton qui a connu peu de monde n'est pas abîmé ; il est en retard d'une expérience, et c'est vous qui la lui fournirez.

Dernier point : ne jugez pas la socialisation sur les premières quarante-huit heures à la maison. Un chaton très bien socialisé peut passer deux jours sous le canapé après un changement de lieu. C'est un comportement de chat dans un endroit inconnu, pas la preuve que la question a été mal posée.

Huit semaines, et après

La fenêtre se referme autour de huit semaines, et c'est aussi l'âge minimum que fixe la loi française pour céder un chaton. Celui qui arrive chez vous arrive donc presque toujours à la toute fin de la période sensible, identifié et accompagné d'un certificat d'engagement avec son délai de réflexion. La fermeture n'est pas une porte qui claque : ce qui s'apprend en trois jours à cinq semaines demandera trois semaines à quatre mois, voilà tout.

Le plus utile est de comprendre qu'on ne commence pas une éducation à l'arrivée, on continue une routine commencée là-bas : les mêmes mains, plusieurs personnes différentes, le bruit ordinaire d'une maison qui vit, des visiteurs, des horaires stables. Et si la visite a laissé de grosses zones d'ombre, ce n'est pas un protocole qu'il faut chercher, c'est un rythme à adapter — avec, en point de repère, l'avis de votre vétérinaire, qui verra de toute façon le chaton dans ces jours-là.

La question, elle, vous l'avez déjà posée. Vous savez maintenant ce qu'elle vous a répondu.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

Découvrir l’équipe