Chats de Foyer

Arrêter l'aspirateur quand votre chaton fuit entretient sa peur

Par Nés dans le Salon

Quand un chaton file se cacher dès que l'aspirateur démarre, le geste qui aggrave la peur est justement celui qui vient tout seul : couper l'appareil, aller le chercher, le rassurer. Le bruit doit continuer, à distance, et le chaton doit pouvoir s'éloigner puis revenir de lui-même. Ce qui diminue au fil des jours, c'est l'écart entre la machine et lui. Pas sa peur à force de câlins.

Je passais l'aspirateur dans le couloir, un soir, quand le petit a décollé du sol. Pas un bond de jeu : trois foulées et il avait disparu sous la commode de l'entrée. Mon premier réflexe a été d'appuyer sur l'interrupteur. Puis je me suis accroupi devant la commode et je lui ai parlé doucement. Il est resté là vingt minutes. Le lendemain, il est parti avant même que je sorte l'appareil du placard. Il avait retenu l'ordre des choses : la porte du placard, le bruit, le danger.

C'est le jour où j'ai arrêté de traiter l'aspirateur comme un événement.

Ce qui fait fuir n'est pas le volume

J'ai eu plusieurs portées à la maison, et j'ai fini par classer les bruits du logement autrement qu'en décibels. Ce qui met un chaton dehors, ce n'est presque jamais le niveau sonore. C'est l'attaque : un son qui surgit sans prévenir, aigu, métallique, et qui s'arrête net.

Le ronronnement du réfrigérateur, la chaudière qui se relance, le programme de la machine à laver : ça passe. Un chaton dort à deux mètres de la machine pendant l'essorage.

L'interphone, la sonnette, une porte qui claque, un couvercle de casserole, un sac plastique qu'on froisse : ça vide la pièce.

L'aspirateur est un cas à part, et c'est ce qui le rend si doué pour faire peur. Il cumule. Il démarre d'un coup, il siffle dans les aigus, il est bruyant — et surtout, il avance. Un chaton peut encaisser un bruit fixe. Un bruit qui se déplace vers lui, c'est autre chose : ça ressemble à quelque chose qui le suit.

Voilà pourquoi la première chose que je regarde n'est pas la puissance de l'appareil. C'est l'endroit d'où il part.

On ne poursuit pas un chaton qui fuit

Le réflexe de le suivre est le plus coûteux. Vous arrivez avec votre corps, votre voix, vos mains, dans un endroit étroit où il s'est réfugié justement parce qu'il s'y sent en sécurité. Du point de vue du chaton, la chose qui l'a fait partir est immédiatement suivie de quelque chose de plus gros. Et vous validez l'alerte : puisque l'humain vient vérifier, c'est qu'il se passait vraiment quelque chose.

Je ne le prends pas dans mes bras pendant qu'il fuit. Je ne l'enferme pas non plus dans une pièce avec l'appareil « pour qu'il s'habitue ». Cette version-là ne marche pas, elle casse autre chose : elle apprend au chaton que se cacher ne sert à rien, ce qui n'est pas la même leçon que « ce bruit n'est pas un danger ».

Ce qui fonctionne, et ce n'est pas instinctif, c'est de rester où vous êtes et de finir ce que vous faites.

La distance est l'outil, pas la durée

Je commence loin. Aspirateur dans la chambre du fond, porte ouverte, et je passe la pièce normalement. Le chaton est dans le salon, il entend, il ne voit rien. S'il ne bouge pas de sa sieste, je recommence le lendemain et je rapproche : le couloir, puis l'entrée, puis la pièce où il est, mais à l'autre bout.

Ce ne sont pas les minutes qui comptent, c'est la distance. Deux ou trois passages courts dans la journée valent mieux qu'un après-midi entier : je préfère arrêter quand il est encore détendu plutôt que d'aller chercher la limite.

J'avance sur des signes, pas sur un calendrier. Premier signe : il ne quitte plus la pièce. Deuxième : il ne s'interrompt plus, il continue de manger, de jouer, de se laver. Troisième : il revient de lui-même en quelques secondes. Tant qu'un signe manque, je ne rapproche pas.

La tâche va jusqu'au bout

C'est la règle qui tient tout le reste. Si le chaton se cache et que le bruit s'arrête, il vient d'apprendre que se cacher fait cesser le bruit. De son point de vue, c'est une réussite. Donc la pièce est aspirée en entier. Le sac est plié. La machine finit son cycle.

De la même façon, je n'annonce rien. Pas de « attention, je vais passer l'aspirateur » avec une voix inquiète, et pas de passage en catimini non plus. Les deux versions transforment un geste ménager ordinaire en événement — et un événement, ça se surveille.

Il y a une chose que je n'avais pas anticipée : le chaton lit surtout mon dos et ma respiration. Quand je me crispais en appuyant sur l'interrupteur, il partait avant le bruit.

Un bruit en fond de choses agréables

Il existe un étage intermédiaire, utile pour les chatons déjà très réactifs. La gamelle posée à quelques mètres de la machine pendant l'essorage, ou une partie de jeu pendant que l'aspirateur tourne dans la pièce d'à côté. L'idée n'est ni de distraire le chaton ni de l'attirer au plus près. C'est que le son devienne la bande-son d'un moment qui se passe bien, au lieu d'un signal d'interruption. Elle reste à distance : une gamelle collée à l'appareil n'apprend rien de bon.

Les bruits qu'on ne choisit pas

Tout ne se dose pas. Le marteau-piqueur du voisin, les travaux dans l'immeuble, un meuble qu'on déplace, l'orage. Sur ceux-là, aucune progression possible : ils arrivent quand ils arrivent.

Ce qui reste constant, c'est vous. Même quand le bruit est imposé, la manière de continuer à vivre normalement, de ne pas se précipiter vers le chaton, de ne pas commenter, fait une bonne partie du travail.

Quand ralentir, et quand s'arrêter là

Il y a des cas où la bonne réaction est de reculer d'un cran, pas d'insister. Un chaton qui se fige complètement, qui arrête de manger, qui reste caché des heures après la fin du bruit, ou qui se met à faire ses besoins ailleurs : la distance était trop courte ou l'étape trop rapide. On revient en arrière, on éloigne.

Et si rien ne se détend malgré des semaines d'exposition douce et régulière, ou si le chaton se retire de tout le reste en même temps, ce n'est plus une question de méthode : c'est un point à mettre sur la table avec le vétérinaire. Le bruit du foyer n'est parfois que la chose la plus visible.

Quelques semaines, pas quelques jours

La plupart des chatons cessent de réagir aux bruits ordinaires du logement en quelques semaines, quand l'exposition est régulière et jamais forcée. C'est plus long qu'on ne l'espère et plus court qu'on ne le craint.

Le jour où ça se voit ne ressemble à rien. L'aspirateur passe à deux mètres de l'endroit où il est couché. Il soulève une oreille, la repose, et il se rendort. Rien n'a changé dans la maison. Le bruit est exactement le même qu'avant. C'est lui qui a arrêté de le lire comme une menace.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

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