Chats de Foyer

Ce qu'il faut vérifier sur un balcon avant une sortie en harnais

Par Nés dans le Salon

Avant la première sortie en harnais, ce qu'il faut vérifier n'est pas le harnais : c'est le balcon. Un chaton passe partout où sa tête puis ses épaules s'engagent, et un harnais ne l'empêche ni de se glisser sous un panneau de garde-corps, ni de sauter après un pigeon. Tant qu'un écart plus large que sa tête subsiste, la sortie n'a pas lieu — on condamne l'écart, ou on reste à l'intérieur.

Je fais le tour à genoux. Debout, on voit un garde-corps, deux jardinières et la vue sur la cour. À genoux, on voit une lame d'air sous le panneau de remplissage, un joint qui ne touche plus la façade depuis un hiver, et une jardinière qui recule de deux doigts quand on la pousse. Le passage est presque toujours là, pas dans les barreaux. Les barreaux, tout le monde les regarde ; le bas du panneau, le retour d'angle, la cloison qui sépare le balcon du voisin, c'est autre chose.

Ce que je mesure, et avec quoi

Je ne sors pas le mètre ruban. Le bon gabarit, c'est le chaton lui-même, le jour où il est devant moi — sa tête, puis le haut des épaules. Et je me méfie d'un raisonnement trop simple : un écart qui laisse passer la tête mais bloque les épaules n'est pas un écart rassurant, c'est le pire des cas. Le chaton engage la tête, ne peut plus ressortir, panique, se débat, et on se retrouve à quatre pattes sur les dalles à essayer de le dégager sans le blesser. Un passage se juge sur ce qui passe en entier, ou il se condamne.

La hauteur compte autant que la largeur

Un balcon peut être parfaitement clos en bas et rester ouvert en haut. Ce que je regarde ensuite, c'est la chaîne : la chaise, la table basse, la jardinière, le rebord, puis la main courante. À trois mois, un chaton n'atteint pas le haut du garde-corps ; à cinq mois et demi, il y est sans élan. Un pot de lavande large comme deux mains suffit à faire la marche intermédiaire. C'est pour ça que je refais le tour tous les mois, et à chaque fois qu'un meuble bouge — un balcon vérifié en avril ne l'est plus en juin.

Les pots ne sont pas décoratifs

Sur un balcon, les plantes ont deux rôles et on n'en parle que d'un. Le premier, c'est l'escalier : un pot assez large, et le chaton monte dessus pour regarder la rue. Le second, c'est ce qu'il y a dedans. Le lys et le muguet sont deux classiques des balcons et des jardins français, et un chat qui se lèche après avoir frôlé du pollen n'est pas dans une situation anodine. Je ne tranche pas ça moi-même : je note ce qui pousse dans les pots et je pose la question au vétérinaire, parce que ce qui compte n'est pas seulement la plante, c'est la partie, la quantité et le chat qu'on a devant soi. La question se pose avant la sortie, pas après.

Le filet et la fenêtre sont des pièces d'usure

Beaucoup de balcons ont déjà un filet, et c'est très bien — à condition de le regarder comme une pièce d'usure et non comme un mur. Les attaches hautes prennent le soleil, la tension se détend, un fil se coupe là où on ne regarde jamais, et le bas se soulève dès qu'on tire un peu. Un filet détendu au ras des dalles, c'est exactement le passage qu'on vient de fermer ailleurs. Les moustiquaires de fenêtre suivent la même logique : ce n'est pas parce qu'un cadre est en place depuis deux ans qu'il tient encore, et une fenêtre qui s'ouvre en grand sur un balcon doit être vérifiée en même temps que le balcon.

Ce qui arrive sans prévenir

Il y a une catégorie de choses qu'aucune vérification ne couvre : le chat du dessous qui surgit sur le garde-corps d'en face, le chien dans la cour qui aboie au moment où le chaton pose la patte dehors, le pigeon qui décolle à cinquante centimètres. Sur ce point, le harnais ne sert à rien contre le saut ; il sert à ce que la personne au bout de la laisse sente le départ avant que le chaton ait quitté le rebord. Je reste donc à un mètre, la longe courte, sans jamais m'appuyer sur la rambarde en regardant ailleurs.

Et il y a la règle que je ne négocie pas : un chaton sur un balcon n'est jamais seul, harnais ou pas. Pas de longe accrochée un instant à un montant pendant qu'on rentre le courrier, pas de sortie pendant qu'on arrose. Le harnais ne remplace pas la présence, il la rend possible.

Le jardin, qui n'est pas un balcon

En jardin, la question du vide disparaît en partie et une autre arrive : les zones traitées. Une pelouse qui vient de recevoir de l'engrais, un massif désherbé la veille, le voisin qui traite de l'autre côté du grillage — je n'y emmène pas un chaton. Je demande qui a traité, quand, avec quoi ; si personne ne peut me le dire, on va ailleurs ou on rentre. Ce n'est pas de la prudence excessive : c'est la même logique que pour les pots, appliquée au sol.

Renoncer est une décision, pas un échec

Il y a des balcons où je n'ai pas fait de sortie du tout. Un garde-corps bas avec un remplissage ajouré, une cloison latérale qui laisse un jour, une façade qu'on n'a pas le droit de toucher — parfois la configuration ne se corrige pas le soir où l'on voudrait sortir. Dans ce cas, deux choses restent : la séance de harnais à l'intérieur, porte fermée, sur un tapis ou dans le couloir, qui apprend au chaton à porter le harnais sans le vide autour ; et l'enclos sécurisé sur le balcon, quand la place et les règles de l'immeuble le permettent. Un chaton n'a pas besoin de ciel pour apprendre à marcher en laisse. Il a besoin de ne pas tomber.

La dernière chose que je vérifie n'est pas sur le balcon

C'est la sortie. Est-ce que la baie coulisse assez pour que je passe avec le chaton dans les bras ? Est-ce que je peux le rattraper en une seconde si quelque chose arrive ? Suis-je seul ? À deux, c'est simple : un tient la longe, l'autre ouvre et ferme. Seul, je réduis la séance à quelques minutes et je reste près de l'ouverture, quitte à ne faire que le tour du balcon et à rentrer.

Un harnais ne rend pas un balcon sûr. Il rend utilisable un balcon qui l'est déjà.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

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