Chats de Foyer

Le balcon d'appartement est le premier endroit à vérifier avec un chaton

Par Nés dans le Salon

Le balcon se vérifie avant tout le reste, plante par plante et barreau par barreau, parce qu'il additionne deux risques que l'intérieur garde séparés : des végétaux à hauteur de museau, et un espace extérieur où plus personne ne contrôle ce que le chaton mâche. Dans un appartement français, la rangée de pots le long du garde-corps, la jardinière accrochée à l'extérieur et la grimpante qui longe le mur dessinent une bande où les feuilles tombent exactement là où passe la tête d'un chaton de trois mois. Ce qui décide de la suite n'est pas la liste des plantes toxiques : c'est la géométrie du balcon.

Le soir où j'ai regardé le mien pour de vrai, il était neuf heures passées et je remplissais l'arrosoir. Le chaton avait suivi, il devait avoir sept semaines, et il s'est arrêté net devant une feuille sèche de laurier-rose coincée entre deux dalles. Elle traînait là depuis des jours. Je l'avais vue, mais je ne l'avais pas regardée : à ma hauteur, c'est une feuille morte. À la sienne, c'est un objet de la taille de sa tête, tiède, qui bouge quand le vent tourne.

J'ai posé l'arrosoir et je me suis accroupi. C'est la seule chose vraiment utile que j'aie faite ce soir-là, et je la refais maintenant chaque printemps, quand les pots ressortent : un tour de balcon à trente centimètres du sol.

Ce que je vois quand je me mets à hauteur de chaton

Debout, un balcon de trois mètres carrés paraît rangé. Accroupi, c'est un autre lieu. La soucoupe sous le pot de droite, avec deux centimètres d'eau et trois feuilles en décomposition. Le rebord du bac à réserve d'eau, qui arrive pile au niveau du menton. Les granulés d'engrais restés sur la terre du citronnier. Le sac de terreau ouvert dans le coin, que personne ne ferme jamais. Et partout, cette poussière de feuilles sèches que le vent colle dans les angles et que le balai n'atteint pas.

Je ne cherche pas des plantes. Je cherche ce qui est à moins de quarante centimètres du sol et ce qui pend plus bas que le garde-corps. Le reste, un chaton peut encore l'atteindre en sautant, mais il faut qu'il ait un point d'appui pour le faire — et c'est là que tout se joue.

Les plantes que je surveille, et celle dont on exagère le risque

Le laurier-rose arrive en tête, et pas seulement pour sa sève : les feuilles sèches gardent leur nocivité, et c'est justement ce qu'un laurier-rose produit toute l'année. Un pot dans un angle, contre le mur, près du garde-corps, c'est la configuration classique du balcon méditerranéen. Le datura et le brugmansia, avec leurs grandes trompettes, sont fréquents sur les balcons du Sud et de l'Ouest. La glycine grimpe sur les façades et ses gousses tombent en fin d'été. L'if, le lantana, l'hortensia en bac complètent la liste de ce que je regarde d'un peu près.

Le muguet, lui, n'est presque jamais une plante de balcon. Il arrive par le bouquet du 1er mai, posé sur la table basse près de la fenêtre ouverte, ou dans un verre d'eau sur le rebord. C'est un cas de figure à part, et il ne se règle pas en déplaçant un pot.

Le géranium, maintenant. Il revient dans toutes les listes, et sur un balcon français, c'est la plante qu'on met partout, dans le plus petit pot possible, au bord, à l'endroit le plus exposé. Je ne le classe pas dans mes urgences : il est surtout irritant, et ce n'est pas lui que je crains le plus. Ce que je crains, c'est son pot — bas, étroit, en équilibre sur le rebord, qui bascule dès qu'un chaton de deux kilos prend de l'élan dessus.

C'est comme ça que je range les choses, d'ailleurs : non pas par toxicité, mais par probabilité de contact. Une plante très dangereuse à deux mètres cinquante du sol, derrière une grille, compte moins qu'un géranium sans danger posé à quinze centimètres du museau.

Le pot est une marche avant d'être une feuille

C'est le point que j'ai mis des années à comprendre en observant, et il ne figure dans presque aucune liste de plantes toxiques : sur un balcon, un pot sert d'escalier.

Un chaton qui veut voir ce qui se passe de l'autre côté ne saute pas directement sur le garde-corps. Il monte sur la jardinière, puis sur le rebord du pot, puis sur la main courante. À chaque étage, il trouve des feuilles à hauteur de bouche. La jardinière accrochée à l'extérieur est un cas particulier : ses fleurs fanées et ses feuilles mortes tombent à l'intérieur du balcon, sur les dalles, et c'est là que le chaton les trouve, pas dans le pot.

J'ai déplacé trois fois le même pot avant de comprendre que le problème n'était pas la plante mais sa position. Maintenant, les bacs lourds sont au sol, le long du mur, et la hauteur est occupée par des choses lisses qui ne se mâchent pas.

Dehors, même un chaton qui ignore les plantes à l'intérieur mord

À l'intérieur, mon chaton de l'année passée ne touchait pas au ficus. Pas une marque. Dehors, il a découpé un géranium en une semaine.

Ce n'est pas de l'incohérence. Un balcon sent le vent, la pluie, les insectes, le passage du voisin ; tout y est nouveau, et un chaton explore ce qui est nouveau avec la gueule. Ajoutez les poussées dentaires, vers trois, quatre, cinq mois, qui poussent à mordiller n'importe quoi de fibreux, et les moments d'ennui quand la porte reste fermée et qu'il tourne en rond sur les dalles. Une feuille qui bouge au vent, c'est un jouet qui se donne à lui tout seul.

D'où la règle que j'applique : je ne me fie jamais au désintérêt d'un chaton pour les plantes à l'intérieur. Ce qu'il ignore dans le salon, il peut le mordre sur le balcon le jour où il s'ennuie.

Ce qui sépare, ce qui ne sépare pas

Un garde-corps à barreaux verticaux espacés de dix à douze centimètres laisse passer un chaton de deux mois, parfois de trois. Un filet tendu, un panneau plein, une plaque découpée à la mesure : peu importe la matière, ce qui compte est que le vide soit fermé, et surtout fermé en bas. C'est dans les vingt premiers centimètres que tout se joue, plus les angles et le passage sous la main courante quand il existe un jour.

Je vérifie aussi les fixations quand il fait chaud, parce que la tension se relâche, et je regarde le bas du filet après chaque coup de vent. Un dispositif qu'on installe en juin et qu'on ne contrôle plus en août ne protège personne.

Et je sépare deux choses qu'on mélange souvent : la protection contre la chute, et la protection contre les plantes. Un filet règle la première. Il ne règle pas la seconde, parce qu'un chaton derrière un filet peut encore mordre une feuille qui pend de l'autre côté du garde-corps, ou une branche du voisin du dessous.

Ce que je ne peux pas promettre

Je ne peux pas garantir un balcon sûrois. Il y a les plantes du dessus qui perdent leurs feuilles chez moi, le vent qui apporte ce que je n'ai pas planté, un insecte qui passe et qu'un chaton attrape et mange. Je ne peux pas non plus décider seul : si quelqu'un d'autre dans le logement tient à son laurier-rose, la solution n'est pas « je surveille », parce que je ne suis pas là tout le temps. La solution, c'est de le déplacer, de le donner, ou d'accepter un compromis clair — un pot derrière une grille, dans un angle que le chaton ne peut pas atteindre, et personne ne fait semblant.

Le bon moment pour faire ce tour

Le tour du balcon se fait le jour où le chaton arrive, ou la semaine d'avant, pas le soir où l'on découvre une feuille mâchouillée par terre. Faites-le à genoux, avec une lampe si le balcon est à l'ombre, et comptez ce qui tombe, pas seulement ce qui pousse. Les feuilles mortes, la terre, les granulés, l'eau des soucoupes : c'est ça qu'un chaton trouve en premier.

Chez moi, ce tour prend dix minutes. Je le refais chaque printemps, quand les pots ressortent, et à chaque fois je trouve quelque chose que je n'avais pas vu. Un balcon ne se sécurise pas une fois pour toutes — il se relit.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

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