Chats de Foyer

Ce que votre chaton cherche vraiment quand il mordille vos plantes

Par Nés dans le Salon

Un chaton qui mordille vos plantes ne cherche presque jamais à manger de la verdure. Dans la grande majorité des cas, il cherche quelque chose à mâcher, quelque chose qui offre une résistance sous la dent, ou une occupation pour une énergie qui n'a pas trouvé de sortie ailleurs — et souvent les deux à la fois. La plante n'est pas la cause du comportement : elle est l'endroit où le besoin a atterri. C'est exactement pour cette raison qu'enlever le pot du salon ne règle presque rien tout seul. Le besoin reste entier, et il trouvera un autre objet : un câble, un coin de plinthe, la lanière d'un sac posé par terre.

Il m'a fallu quelques semaines pour arrêter de déplacer le pot et commencer à regarder la journée du chaton plutôt que la plante. Depuis, je traite la question dans l'autre sens, et très franchement, ça m'a aussi rendu les soirées plus tranquilles.

21 h 40, un soir d'hiver. Depuis le canapé, j'entends trois craquements secs, une pause, trois autres. Je connais ce bruit. C'est le monstera du salon, celui qui a trois grandes feuilles et qui m'a coûté plus cher que prévu. Je ne me lève pas tout de suite : je tourne la tête. Le chaton est assis dans le pot, à moitié dans la terre, une feuille dans la gueule, qu'il mâchouille à la base de la tige, là où c'est tendre. Deux heures plus tôt, il dormait sur le radiateur. Une heure plus tôt, il avait couru dix minutes derrière le canapé. Et là, il s'occupe tout seul avec ce qu'il a sous la patte.

Ce que je vois ce soir-là n'est pas un chat qui réclame de la salade. C'est un chaton de quatre mois et demi qui a fini sa sieste, qui n'a plus rien à faire, et qui a trouvé dans la pièce le seul objet qui offre une vraie résistance quand on serre les mâchoires. Le reste du salon, à cet instant précis, c'est des souris en tissu déjà éventrées, deux balles qui roulent et un tunnel en toile. Rien de tout ça ne craque.

La gueule est l'outil, la plante est le support

Chez un chaton, la bouche joue à peu près le rôle que joue la main chez un enfant de deux ans. Tout passe par là : les câbles, les coins de meuble, les doigts, les lacets, les plantes. C'est le premier outil d'information sur les textures, sur ce qui cède et sur ce qui tient.

Un détail que j'ai appris à regarder avant de conclure quoi que ce soit : ce qui reste par terre après. Un chaton qui explore fait des confettis. Il arrache, il recrache, il laisse de petits tas de feuille autour du pot. C'est de la découpe, pas de l'alimentation. Un chat qui ingère vraiment la plante, lui, ne laisse rien. Ce n'est pas le même geste, et ça n'appelle pas la même réponse de votre part — ni la même question à poser à votre vétérinaire.

Trois choses qui se ressemblent et qu'on confond

L'exploration, la poussée dentaire et l'ennui produisent le même mouvement de mâchoire, mais ils n'ont pas la même horloge.

L'exploration

C'est la période où tout ce qui dépasse se teste, grosso modo entre trois et sept mois. Un chaton qui explore mâchouille dix choses différentes dans une soirée et n'en termine aucune. La plante fait partie du lot, au même titre que le coin du tapis.

La poussée dentaire

Entre environ trois et six mois, les dents de lait tombent et les définitives poussent. Les gencives travaillent, et un chaton dans cette phase cherche des matières qui résistent : bois, carton épais, coin de table, tige fibreuse. La plante tombe très bien. Les signes que je regarde à ce moment-là sont des signes de confort, pas de maladie : il mâche plus que d'habitude, il préfère le dur au mou, il lâche parfois un objet en cours de route comme si ça le gênait. Si un chaton cesse franchement de manger ou refuse sa gamelle, ce n'est plus une question de calendrier, c'est une question de vétérinaire, et je ne mélange pas les deux.

L'ennui

C'est de loin ce que j'ai vu le plus souvent, et c'est celui qu'on attribue le moins au chaton. Le scénario est presque toujours le même : sieste de fin d'après-midi, réveil en pleine forme, maison calme, personne qui joue, dîner encore loin. Le chaton a un réservoir plein et rien pour le vider. Il fait le tour de la pièce, teste ce qui traîne, et finit par ce qui résiste le mieux. L'heure est étonnamment régulière — chez moi, c'était systématiquement entre 21 h et 22 h.

Et ce que ça n'est pas : une carence alimentaire. Le chat n'est pas un brouteur, la verdure ne fait pas partie de son programme nutritionnel. L'idée qu'un chaton « manque de quelque chose » et se jette sur les plantes circule beaucoup ; dans ce que j'ai observé chez les miens et dans les portées que j'ai eues à la maison, elle sert surtout à donner une explication simple à une énergie qui n'a pas trouvé de sortie. Si quelque chose vous inquiète vraiment dans ce qu'il avale, notez le quoi et le quand, et posez la question à votre vétérinaire.

Gronder ferme le mauvais tiroir

Un chaton relie une conséquence à une action seulement si elle arrive dans à peu près la seconde qui suit. Le temps que vous vous leviez, que vous traversiez le salon et que vous disiez « non », il regarde déjà autre chose. Ce qu'il retient n'est pas « cette plante est interdite », c'est « l'humain est imprévisible dans cette pièce ». Résultat : il ne cesse pas, il se cache. Il mâche la nuit, ou quand vous êtes dans une autre pièce. Le comportement ne baisse pas, il devient invisible, et vous perdez l'information qui vous servait à comprendre ce qui se passait.

Il y a un deuxième effet, plus discret. La tension ne disparaît pas, elle ressort ailleurs. Un chaton qui reçoit des « non » à répétition devient plus tendu dans la maison, et ce sont des petites choses qu'on remarque des semaines plus tard sans faire le lien. C'est pour ça que j'ai rangé le vaporisateur, et que j'ai arrêté de crier depuis la cuisine.

Remplacer, et rendre la plante inatteignable

Deux gestes en parallèle. Ni l'un ni l'autre ne suffit seul.

Le premier : donner une cible légitime. Chez moi, c'est un bac de gazon à chat. Un semis de blé, d'orge ou d'avoine dans un bac assez large pour qu'il s'y installe, ça pousse en une dizaine de jours et ça se rachète. Attention à un mot qui trompe : en animalerie, on appelle souvent « herbe à chat » ce simple semis de céréales, alors que la véritable herbe-aux-chats, celle qui fait rouler les chats sur le sol, c'est la cataire — deux choses différentes, et beaucoup de chats ne réagissent pas du tout à la cataire. Le bac de céréales, en revanche, fonctionne presque toujours. Limite honnête : certains chatons en mangent tellement qu'ils le vomissent derrière. Dans ce cas, on le donne par sessions de dix minutes au lieu de le laisser en accès libre.

Ensuite, les jouets à mâcher : du caoutchouc souple, d'une taille qu'on peut lui retirer de la gueule sans forcer, un tapis de fouille, un distributeur de croquettes qui roule, une corde qu'on tient au bout d'une main. Ce qui compte n'est pas l'objet, c'est le moment où on le propose. Après la sieste, avant le repas : c'est là que la demande est là et que la redirection prend.

Et le jeu, qui est la partie qu'on saute le plus souvent. Deux ou trois sessions de dix à quinze minutes par jour, menées comme une chasse : on fait se cacher la proie, elle file, elle ralentit, on la laisse attraper, on la relance. La fin compte autant que le début. Un chaton qui ne rattrape jamais rien reste en tension, et c'est cette tension qui finit sur la plante. La séquence complète — traquer, courir, bondir, attraper — se referme bien par une croquette ou un petit repas.

Le deuxième geste : rendre la plante inatteignable, sans compter une seconde sur la bonne volonté du chaton. Je n'ai jamais vu un chaton de quatre mois résister à une feuille qui bouge à hauteur de museau. Donc on surélève, on met derrière un meuble, on ferme la pièce, on ajoute une barrière ou on choisit un cache-pot assez haut. Autre solution que j'utilise : remplacer la plante convoitée par une plante qui ne l'attire pas du tout. Ça se repère en deux jours — il y a des feuilles qu'il choisit systématiquement et d'autres qu'il ignore complètement. Le gravier décoratif en surface, j'ai essayé, j'ai arrêté : un chaton qui gratte finit par en avaler, et deux ou trois petits cailloux, c'est un problème dont on se passerait très bien.

Les répulsifs du commerce, il faut être honnête : ça marche sur certains chats et pas du tout sur d'autres, et l'effet s'épuise souvent en quelques jours parce que l'odeur part. Avant d'en vaporiser dans une pièce fermée, la composition mérite un coup d'œil, et votre vétérinaire répond à cette question en trente secondes.

Quand le calendrier explique tout

L'habitude qui m'a le plus servi : quand le mordillage de plantes apparaît d'un coup chez un chat qui ne le faisait pas, je ne regarde pas la plante, je regarde la semaine d'avant.

Un déménagement, une reprise du bureau, l'arrivée d'un bébé, des travaux dans l'immeuble, un deuxième animal, un changement de litière ou de nourriture, un week-end d'absence, un meuble déplacé. J'ai vu le mien s'en prendre au ficus pendant une semaine pleine, une fois, pour une raison bête : le canapé avait changé de place et son poste d'observation au bord de la fenêtre avait disparu. Le ficus était le point le plus haut à sa portée.

À l'inverse, un chat qui mâche de façon très régulière, tous les jours à la même heure, avec la même intensité, est rarement stressé. Il s'ennuie à heure fixe. Et ça, ça se règle avec un rendez-vous de jeu, pas avec un cache-pot.

La toxicité, avant tout le reste

Avant d'installer un bac de gazon et de réorganiser le salon, je fais relire la maison par mon vétérinaire. C'est cinq minutes de consultation, et ce n'est pas du zèle : plusieurs plantes d'intérieur très courantes ne sont pas anodines pour un chaton, et je ne veux pas trancher ça moi-même avec une liste trouvée quelque part. Je prends une photo de chaque pot, je les montre, et je note ce qui doit monter en hauteur, sortir de l'appartement ou rester où c'est. Ce n'est pas une question de premiers secours ni de panique : c'est une question de rangement, posée au bon interlocuteur.

Depuis, je n'ai pas retiré le monstera du salon. Il est en hauteur, sur une étagère hors de portée, et il y a un bac de blé par terre à la place. Les craquements de 21 h 40, je les entends toujours. Ils viennent simplement de l'autre côté de la pièce, de l'herbe qu'il a le droit de mâcher. Ce soir-là, j'ai arrêté de me demander comment éloigner mon chaton des plantes, et j'ai commencé à me demander ce qu'il avait à mâcher aujourd'hui, et à quelle heure. La réponse était simple : rien.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

Découvrir l’équipe