Chats de Foyer

Pourquoi un chaton qui dort vingt heures par jour n'est pas paresseux

Par Nés dans le Salon

Un chaton qui dort vingt heures par jour n'est pas paresseux : il dort parce qu'il grandit. Dans les premiers jours, le repos occupe la quasi-totalité des vingt-quatre heures ; ce total baisse ensuite lentement, mois après mois, pendant que la répartition change aussi. Aux premières semaines, ce sont des siestes très courtes étalées jour et nuit. Vers la fin de la première année, ce sont des plages plus longues, dont une bonne partie regroupée sur la nuit, sans jamais rejoindre un horaire humain.

La scène dont je me souviens le mieux remonte à une portée de quatre, née un dimanche soir dans le carton du coin de la cuisine, contre le radiateur. Je m'étais levé vers deux heures du matin, surtout pour vérifier que tout le monde respirait. Trois têtes en tas, une quatrième à moitié sortie du groupe, la truffe dans le tissu. Rien ne bougeait. J'ai attendu sans allumer, parce qu'allumer aurait réveillé tout le monde. Au bout de vingt minutes, la quatrième a rampé sur dix centimètres, trouvé une tétine, tété deux minutes, et s'est rendormie le museau encore dessus.

Ce que je prenais au début pour « un chaton qui dort » était en réalité une chaîne de micro-séquences : dormir, se réveiller, téter, se rendormir. Une fois qu'on a vu ça, on ne lit plus la journée d'un chaton de la même façon.

Les dix premiers jours : dormir est presque tout l'emploi du temps

À la naissance, les yeux sont fermés, les oreilles collées, et le chaton passe d'un sommeil à l'autre avec, entre les deux, quelques minutes à peine. Le temps de trouver une tétine, de se remplir le ventre, de se rendormir la bouche dessus. Sur mes portées, le poids de naissance doublait en une dizaine de jours, et pendant ces dix jours je voyais très peu d'éveil long. Je le donne comme ce que j'ai vu, pas comme une règle chiffrée : la vitesse dépend de la taille de la portée, de la mère, de la pièce, de la saison.

Chez les jeunes mammifères, on associe classiquement les phases de repos profond à la croissance et à la réparation des tissus. Je ne peux pas le démontrer dans ma cuisine, et ça n'a pas d'importance pour ce que je veux dire ici. Ce que je constate, c'est la concomitance : la période où un chaton change le plus vite est aussi celle où il dort le plus. Le sommeil n'est pas une récompense après l'effort de grandir, il fait partie de l'effort.

Il y a un détail qui aide beaucoup les gens qui découvrent une portée : à cet âge, il n'y a pas de nuit. Pas la nuit comme on l'entend, pas le moment où l'on dort. Il y a un cycle qui tourne sur vingt-quatre heures et qui ne sait pas encore l'heure. Quand quelqu'un me dit qu'un chaton de dix jours « se réveille la nuit », je comprends ce qu'il veut dire, mais ce n'est pas ce qui se passe : il n'y a pas encore de nuit à perturber.

Des siestes de quinze minutes, à n'importe quelle heure

Vers trois semaines, les yeux sont ouverts, les oreilles se redressent, les pattes portent. Les périodes d'éveil s'allongent, dix minutes, vingt minutes, et le jeu apparaît. Mais la journée ne se découpe toujours pas en deux blocs. Le chaton s'endort au milieu d'un pas. Il se réveille, va voir plus loin, s'écroule. C'est le point qui surprend le plus les personnes qui n'ont jamais vécu avec une portée : ce ne sont pas des siestes au sens où nous l'entendons, ce sont des coupures courtes réparties sur toute la journée et sur toute la soirée.

Pendant ces coupures, il se passe des choses visibles : les pattes arrière pédalent, les moustaches bougent, une oreille tressaille, la respiration change de rythme. Je regarde ça sans rien en déduire. Ce qui m'intéresse à ce moment-là n'est pas ce que le chaton fait de ses pattes, c'est la façon dont il se réveille et dont il repart : un chaton qui dort s'étire, se retourne, change de position dans le tas, et se rendort. Ce mouvement perpétuel de réglage, c'est la signature du sommeil de cet âge.

Autre chose qui se voit à cette période : le tas. Ils dorment en contact, et quand l'un se décale, les autres se réajustent sans se réveiller. Une portée n'a pas quatre sommeils séparés, elle en a un seul, en plusieurs morceaux.

Le moment où les nuits commencent à s'allonger

Entre deux et cinq mois, quelque chose se déplace. Les blocs de sommeil s'allongent, et une part de plus en plus grande se regroupe sur la nuit. Le nombre de réveils nocturnes baisse. Ce n'est pas un basculement net, plutôt une pente : on s'aperçoit un jour qu'on ne s'est pas levé la nuit précédente, puis on se relève deux fois dans la semaine, puis une.

À un an, un chat n'a toujours pas le rythme d'un humain, et il ne l'aura jamais. La plupart des chats dorment encore nettement plus que nous, souvent plus de quinze heures, et leurs pics d'activité restent accrochés à l'aube et au crépuscule. Ce n'est pas un retard de développement : c'est le rythme de l'espèce, simplement posé sur un nombre d'heures qui, lui, a beaucoup diminué depuis les premières semaines. Comment on vit ensuite ces soirées-là est une autre histoire ; ici, ce qui compte, c'est de voir que la courbe existe et qu'elle descend.

Deux chatons du même âge, deux rythmes

Dans une même portée de cinq, j'ai eu un chaton qui dormait visiblement plus que les autres et un qui semblait ne jamais s'arrêter. Les deux ont grandi au même rythme, et leurs courbes se sont rejointes vers quatre mois. Je ne sais toujours pas expliquer la différence. La taille de la portée, le poids de naissance, la place dans le groupe, la chaleur de la pièce comptent probablement, mais je me méfie des explications trop propres.

Il faut donc se méfier aussi des comparaisons entre voisins. Deux chatons du même âge peuvent avoir un écart d'une ou deux heures de sommeil par jour, et des nuits qui ne se ressemblent pas. La semaine où un chaton dort le plus ressemble souvent à une semaine de poussée, mais je m'en méfie : c'est le genre d'observation qu'on finit par voir partout dès qu'on y croit.

Ce que ça change dans une maison avec des enfants

La règle la plus utile tient en une phrase, et elle vaut toute la journée : un chaton qui dort ne se réveille pas. Pas doucement, pas juste une fois, pas juste pour le caresser. Un chaton réveillé en pleine coupure n'a pas terminé quelque chose, et il met du temps à retrouver le fil. Dans une maison avec des enfants, c'est la règle qu'il faut répéter, et elle est plus facile à tenir quand les enfants savent reconnaître le sommeil : yeux fermés, souffle lent, parfois une patte qui bouge toute seule.

Le reste suit tout seul. Il y a un moment pour porter le chaton, et ce moment revient vite : les fenêtres d'éveil d'un jeune chaton sont courtes mais elles se répètent souvent dans la journée. C'est là qu'on joue, qu'on lui fait traverser la pièce, qu'on le laisse mordre un lacet. Quand il repart vers son coin, on le laisse repartir.

Un chaton ne dort pas vingt heures parce qu'il a fini son travail. Il dort vingt heures parce que c'est son travail du moment. Ensuite le total descend, les siestes s'espacent, la nuit se rassemble. C'est une courbe qu'on peut suivre, et elle dit surtout à quelle étape on se trouve. Un repère d'âge, pas un bulletin de santé, et pas un jugement de caractère.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

Découvrir l’équipe