Chats de Foyer

L'ennui du chaton ne se règle pas en ajoutant des jouets

Par Nés dans le Salon

Un chaton qui s'ennuie ne manque pas de jouets : il manque d'occasions. Ce qui débloque la situation, ce n'est pas un objet de plus dans le panier, c'est de repérer laquelle des cinq fonctions n'a pas eu lieu dans sa journée — chasser, explorer, grimper, chercher sa nourriture, et interagir avec quelqu'un — puis de la remettre dans le décor et dans l'horaire. Tant que ces fonctions sont absentes, n'importe quel jouet neuf finira ignoré au bout de trois jours.

Je m'en suis rendu compte un mardi soir, assis par terre dans le salon, dos contre le canapé. 21 h 40. Le panier était renversé à côté de moi : une balle à grelot, un plumeau, une souris en papier froissé, un tunnel plié en accordéon. La chatonne de quatre mois était debout sur la tringle à rideaux, à faire claquer le tissu contre le mur. Elle avait passé la soirée comme ça : les rideaux, les plinthes, mon mollet, la tranche du meuble bas. J'avais joué avec elle vingt minutes, deux fois. Elle recommençait.

J'ai compté les jouets. Il y en avait sept. J'ai compté les captures : zéro. Elle avait couru après la balle, sauté sur le plumeau, mais à aucun moment elle n'avait plaqué quelque chose, attendu, bondi et attrapé pour de bon. Je lui avais donné du mouvement. Pas de la chasse.

C'est cette distinction qui a tout changé à la maison.

Cinq questions au lieu d'une

Le soir, je ne me demande plus « de quoi a-t-elle besoin de plus ? » mais « qu'est-ce qui n'a pas eu lieu aujourd'hui ? ».

Chasser, d'abord. Poursuivre, se plaquer au sol, ramper, attendre, bondir, attraper. C'est une séquence, et c'est la fin qui compte. Je termine toujours sur une prise : la proie s'arrête sous sa patte, elle la tient, elle la mord, elle la relâche. Une balle qui roule loin et revient toute seule ne construit rien.

Explorer, ensuite. Du nouveau dans un espace connu. Un carton posé en travers d'un couloir, un sac en papier ouvert au milieu du salon, une chaise déplacée de cinquante centimètres. L'odeur compte autant que la forme : un carton qui a traîné chez quelqu'un d'autre vaut mieux qu'un carton neuf.

Grimper. De la hauteur, si possible avec vue. Un chaton qui n'a pas de point haut passe son énergie sur les rideaux et les étagères — ce n'est pas un caprice, c'est un substitut.

Le contact social. Un humain qui joue n'est pas un objet qui bouge. C'est la seule présence de la pièce qui réagit, qui s'arrête quand le chaton décroche, qui repart quand il revient. Vingt minutes de vrai jeu interactif ne se remplacent pas par deux heures de balle livrée à elle-même dans un couloir.

Et chercher sa nourriture. Une partie de la ration dispersée sur le carrelage, ou répartie en trois points de la pièce, transforme dix secondes de gamelle en dix minutes de nez au sol. C'est la fonction que j'oubliais le plus souvent, et celle qui a le plus réduit les attaques de fin de soirée.

L'âge change le format, pas le principe

Ce qui change avec l'âge, ce n'est pas la liste des fonctions, ce sont les durées et le nombre de répétitions.

À huit semaines, deux ou trois minutes d'attention, et puis le chaton décroche, part, revient. Il faut recommencer quatre, cinq, six fois dans la journée. Une session de vingt minutes à cet âge, dans ce que j'ai vécu, c'est surtout vingt minutes dont la moitié passée à regarder le plumeau sans le suivre.

Vers trois mois, les séquences tiennent cinq à dix minutes. C'est l'âge où l'embuscade devient intéressante : on cache la proie derrière un meuble, on la fait dépasser à peine, on la retire.

À six mois, l'adolescent tient une session longue et vigoureuse, quinze à vingt minutes. Mais ce n'est pas parce qu'il tient plus longtemps qu'il faut tout concentrer sur un seul grand moment du soir. Deux sessions de dix minutes plus une recherche de croquettes en fin de journée font plus qu'une heure d'affilée, en tout cas chez les chatons que j'ai eus.

Un chaton qui dort n'est pas un chaton qui s'ennuie

Il faut le répéter, parce que c'est l'erreur que je vois le plus autour de moi : un chaton peut dormir jusqu'à vingt heures par jour. Un chaton affalé sur le canapé à 15 heures n'est pas en train de dépérir. L'inactivité seule ne veut rien dire.

Ce que je regarde, c'est où l'activité se concentre. Si tout tombe entre 22 heures et minuit, le problème n'est pas qu'il s'ennuie en journée : c'est qu'il n'a rien eu à faire pendant ses heures de veille. Et si l'agitation revient toujours à la même heure, ce n'est pas une preuve d'ennui, c'est un rendez-vous qui s'est installé.

Quand en faire plus empire les choses

Il y a un piège, et j'y suis tombé pendant des semaines. Un chaton surexcité ressemble beaucoup à un chaton qui en veut encore.

Les signes que je surveille maintenant : la queue qui bat le sol par grands coups, les oreilles qui pivotent puis se plaquent, la peau du dos qui tressaute, les pupilles dilatées, les mordillements qui montent au lieu de redescendre. Et surtout ce moment très particulier où le chaton s'arrête trente secondes, souffle, puis repart en attaque. J'ai longtemps lu ça comme « elle n'a pas fini ». Chez la mienne, c'était le contraire.

Ce que je fais à ce moment-là : j'arrête. Je ne sors pas un autre jouet, je ne relance pas la session. Je propose une option calme — la fenêtre, un perchoir, ou quelques croquettes à chercher par terre — et je la laisse. La plupart du temps, elle s'endort dans les cinq minutes.

La différence entre les deux situations se voit après. Si le jeu était adapté, le chaton se toilette, s'étire, se pose. Si c'était de la surstimulation, il reste tendu, bouge par petites accélérations, garde un œil sur les mains.

Et il y a le cas où la punition remplace la solution. Pousser le chaton, crier, l'asperger : ça arrête la scène du moment, jamais la cause. Ça ajoute autre chose aussi — la main devient une chose à surveiller. Quand les attaques de chevilles reviennent à la même heure, je préfère détourner sur une cible autorisée, puis me demander quelle fonction manquait à ce moment précis de la journée.

Ce qui est déjà dans l'appartement

La plupart de ce que je viens de décrire ne demande rien à acheter. Un carton ouvert, un sac en papier, un rouleau vide, une serviette posée en tas, des croquettes réparties en plusieurs points, une chaise rapprochée de la fenêtre. Ce qui compte, c'est le changement et l'imprévu, pas la nouveauté commerciale.

Je fais aussi tourner : la moitié des objets part dans un placard pendant une semaine, puis ressort. Un carton qui réapparaît après huit jours est un carton neuf.

Limite honnête : ça marche beaucoup moins bien dans un studio sans point haut, sans couloir, avec une seule pièce. Dans ce cas, il reste moins de leviers, et il faut souvent accepter de compenser par du jeu interactif plus fréquent, en plusieurs fois. Ce n'est pas la même liberté qu'un appartement avec un couloir et une étagère accessible.

Quand la première chose à faire est d'appeler le vétérinaire

Un changement brutal n'est pas un problème d'enrichissement. Un chaton qui jouait et qui s'arrête net, qui devient agité la nuit en miaulant, qui mange moins, qui change de comportement à la litière ou qui se toilette autrement : à la maison, je ne sais pas faire la différence entre l'ennui et la douleur. Une douleur dentaire, un problème digestif, une gêne qui ne se voit pas peuvent donner exactement l'image d'un chaton qui tourne en rond. Donc quand la rupture est nette et datée, l'ordre est simple : le vétérinaire d'abord, l'enrichissement ensuite.

Je ne me demande plus si elle a assez de jouets. Sept, ça suffisait largement — c'est le nombre de captures qui manquait. Maintenant, en fin de soirée, je repasse la journée : est-ce qu'elle a chassé jusqu'à la prise, est-ce qu'elle a grimpé quelque part de nouveau, est-ce que quelqu'un a vraiment joué avec elle, est-ce qu'elle a cherché sa nourriture ? Quand une case est vide, c'est celle-là que je remplis le lendemain. Et quand elles sont toutes pleines, un chaton de quatre mois dort — et ce n'est pas de l'ennui.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

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