Chats de Foyer

Les objets que vous jetez peuvent occuper votre chaton

Par Nés dans le Salon

Ce que vous jetez peut occuper votre chaton, mais pas au hasard : ce qui compte n'est pas l'objet, c'est la fonction qu'il met à disposition. Un carton vide offre un poste de guet et un tunnel ; un rouleau de papier toilette terminé offre une proie à poursuivre ; un sac en papier sans poignées offre un bruit à explorer. Guetter, poursuivre, porter, frapper — les quatre séquences qu'un chaton répète toute la journée — se couvrent avec trois choses qui finissent normalement à la poubelle. Avant de poser quoi que ce soit au sol, deux vérifications dans cet ordre : est-ce que ça peut se déchirer en fils ou en petits morceaux avalables, et est-ce que le chaton peut s'y retrouver coincé la tête dedans. Les cordelettes, les morceaux détachables et les sacs en plastique sont écartés d'office ; le reste se décide au cas par cas, et toujours sous surveillance.

J'ai compris ça un soir d'octobre, avec un carton posé au milieu du couloir. Il était un peu plus de 21 h, la maison était calme, et la minette de la portée d'août — cinq mois à l'époque — tournait en rond depuis vingt minutes entre le canapé et la porte de la cuisine, ce petit pas de côté qu'elles font quand elles ne savent pas quoi faire de leur corps. J'ai posé le carton par terre, ouvert, couché sur le flanc. Elle a mis six secondes à entrer dedans.

Ce qui s'est passé ensuite m'a fait arrêter d'acheter des jouets pendant un moment. Elle n'a pas joué avec le carton : elle s'en est servie. Dedans, tête basse, arrière-train qui bouge à peine, oreilles en avant — elle a guetté. Puis elle est sortie en trombe, a contourné la table, est revenue par l'autre ouverture, et a recommencé. Le carton lui donnait un poste d'observation et un passage. Le reste venait d'elle.

Depuis, je regarde ce qui part à la poubelle avec une seule question en tête : qu'est-ce que ça permet de faire ?

La fonction d'abord, l'objet ensuite

Un chaton se fiche de l'objet. Il s'intéresse à ce que l'objet fait bouger. Le même carton peut être un terrier, un tunnel ou un grattoir selon qu'on le laisse fermé, qu'on y perce deux trous, ou qu'on l'aplatisse au sol. C'est là toute la différence avec un jouet acheté : vous ne décidez pas de son usage, c'est le chaton qui vous le montre. Votre rôle se limite à proposer, retirer, et vérifier.

Le carton

Fermé avec un rabat qui tient à moitié, il devient une cachette — et une cachette, pour un chaton, sert surtout à préparer une sortie. Deux cartons côte à côte, ou un seul assez long, font un tunnel : on y entre d'un côté, on doit ressortir de l'autre, et c'est précisément cette obligation de ressortir qui déclenche la course. Aplati, un carton ondulé devient une surface de grattage acceptable pour des pattes de chaton, qui ne fait pas encore la différence entre un grattoir vertical et le coin du canapé. C'est souvent le premier endroit où il apprend à tirer ses griffes sans se faire disputer.

Ce qu'il faut vérifier avant de le laisser : les agrafes, le ruban adhésif, les morceaux de colle sur les rabats. Un chaton mordille les coins, et une agrafe mal enfoncée part avec. J'arrache systématiquement tout ce qui dépasse, et je regarde aussi ce que le carton contenait — un carton de produits ménagers ou de viande crue n'a rien à faire dans un couloir.

Le rouleau de papier toilette

C'est le meilleur objet de chasse du lot. On coince une croquette ou deux dedans, on replie légèrement un bord, et on pose le rouleau sur le carrelage : il roule, il résiste, il gratte, la croquette finit par tomber, et le chaton recommence. La taille compte plus que tout. Un rouleau entier est assez long pour qu'un chaton ne puisse pas l'avaler ; dès qu'on le coupe en anneaux, chaque anneau devient une pièce à la bonne taille pour passer. Donc on ne coupe pas. Le rouleau finira déchiqueté en confettis de carton — ce n'est pas toxique, mais un chaton qui en avale beaucoup peut avoir l'estomac barbouillé ; c'est le genre de chose qu'on surveille et qu'on mentionne au vétérinaire si ça se répète.

Quand la croquette est tombée, le rouleau se prend dans la gueule et se transporte d'une pièce à l'autre. Le portage, cette quatrième chose qu'un chaton fait toute la journée, ne s'apprend pas avec un jouet : il faut un objet assez léger pour être soulevé et assez résistant pour être secoué.

Le sac en papier

Avant tout : les poignées à la poubelle. Une anse dans laquelle une tête passe est un piège, même pour dix secondes. Une fois le sac réduit à sa poche et couché sur le côté, il offre un tunnel sonore — le froissement déclenche la poursuite avant même que le chaton voie quoi que ce soit. C'est un objet de dix minutes, pas un objet qui reste au sol : il se déchire, il se fait pisser dessus, il perd toute valeur. Le sac en plastique, lui, ne se négocie pas. Même vide, même noué, même « juste une minute », c'est un risque d'étouffement et de film avalé. Il ne descend pas au sol.

Ce qui n'entre pas dans le jeu

Trois familles d'objets restent hors du cercle, quel que soit l'ennui du chaton.

Les fils. Fil de couture, laine, ficelle de rôti, cordon de masque, élastique à cheveux. Un fil avalé ne remonte pas tout seul : il s'accroche dans l'intestin par un bout et continue d'être tiré par l'autre, et ça devient une urgence vétérinaire, pas une histoire de chaton coquin. Un chaton joue avec un fil exactement comme avec une souris — sauf qu'à la fin, le fil est dans sa gueule.

Les petites pièces. Clips de sac de pain, capsules, billes, grelots, yeux cousus d'un doudou qui commence à pendre, bouchons de stylo. Tout ce qui passe dans une gueule de chaton finit par y passer un jour, et la taille du chaton change tous les quinze jours — ce qui était trop gros en septembre passe tout seul en novembre.

Ce qui coupe. Couvercles de conserve, bords de plastique cassé, baleines de sac, éclats de verre. On passe la main sur tout avant de le poser au sol, comme on le ferait pour un enfant de deux ans. C'est exactement le même niveau de vigilance.

Et une règle de fond : tout ce qui peut se casser en petits morceaux se donne sous surveillance, puis se retire. Un bricolage maison n'est pas un objet à laisser en libre-service toute la journée.

Renouveler sans rien racheter

Un carton qui traîne trois semaines dans le couloir devient un meuble. Le chaton ne le voit plus. Le tour de passe-passe n'est pas de multiplier les objets, c'est de les faire disparaître et revenir.

Je fais un roulement simple : deux ou trois objets dehors, le reste dans un placard, et j'échange tous les deux ou trois jours. Le carton qui a perdu son intérêt le mardi devient un objet neuf le vendredi. Le rouleau qu'on ressort après une semaine se fait attaquer avec la même énergie qu'à la première minute — parce que, pour un chaton, c'est la première minute.

Ce roulement règle aussi un problème d'hygiène. Ce qui reste au sol se salit, se mouille, se déchire, et un objet humide ne sent plus le jeu, il sent le renfermé. Trois objets propres qui tournent valent mieux qu'un tapis de débris.

Le mouvement décide, pas la dépense

Voilà ce que j'ai fini par comprendre en regardant les mêmes scènes se répéter portée après portée : un chaton déclenche son attaque sur un mouvement, un bruit, une disparition. Un objet immobile au milieu de la pièce est invisible. Le même objet qui bouge de quelques centimètres sous un tapis, qui grince, qui roule, qui disparaît derrière un angle, devient une proie.

Ça veut dire que le prix n'a jamais rien décidé ici. Ce qui a décidé, c'est le froissement d'un sac, le bruit d'un rouleau sur le carrelage, la seconde où un carton se soulève d'un centimètre parce qu'on a soufflé dessus. Si votre chaton a un objet qui bouge et un endroit pour se cacher, il a de quoi remplir sa soirée.

Et il y a des soirs où rien ne marche. J'en ai vu beaucoup. Le chaton a mangé, il a couru, il ignore le carton, le rouleau, le sac, tout. Il vient s'asseoir sur le bord de votre pied et attend. Ce soir-là, ce n'est pas un objet qu'il faut, c'est vous, ou personne. Un chaton dort énormément, et une soirée plate n'est pas un problème à résoudre. L'objet, c'est pour les moments où il cherche ; quand il ne cherche pas, la meilleure chose à faire est de ne rien proposer.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

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