Chats de Foyer

Transformer une partie de la ration du chaton en jeu de recherche

Par Nés dans le Salon

La façon la plus simple de transformer une partie de la ration en jeu de recherche : prélever une poignée de croquettes sur le bol du jour, sans rien ajouter, et la disperser ou la cacher dans la pièce avant le repas. On commence par des cachettes faciles, à découvert, et on ne complique qu'une fois que le chaton trouve sans hésiter. Le bol garde le reste de la ration — le jeu est une ponction sur la ration quotidienne, jamais un supplément — et ce sont des croquettes sèches qui servent de munitions, pas de la pâtée.

Je m'assois par terre dans la cuisine, le paquet entre les genoux, et je retire la poignée du bol avant de le poser au sol. Vous êtes accroupi à côté de moi. Les croquettes tombent sur le parquet et le bruit n'est pas celui du fond de gamelle : ça claque, sec, comme des petits graviers. Le chaton lève la tête avant d'avoir fini de traverser la pièce.

Au bol, il aspire. Là, il travaille : le nez descend, remonte, les moustaches balaient le sol, la patte tape. Il s'arrête entre deux pièces pour regarder autour de lui, ce qu'il ne fait jamais devant une gamelle pleine. C'est toute la différence, et elle tient à peu de chose : la nourriture n'est plus à un endroit connu, il faut la retrouver.

La soustraction, avant tout le reste

C'est le point sur lequel je reviens toujours, parce que c'est là que ça dérape. Trois croquettes cachées, c'est trois croquettes de moins dans le bol. Écrit comme ça, ça semble évident. En pratique, on disperse une poignée, le bol reste plein, et la ration du jour a augmenté sans que personne ne le voie. Le chaton, lui, ne réclame pas moins : il réclame autant, et il a déjà mangé.

Alors je compte. Je compte ce que je sors du bol, et je compte aussi ce que je cache — pas pour faire de l'arithmétique savante, pour ne pas me raconter d'histoires. Une croquette oubliée derrière un meuble, en août, ça se remarque très vite.

Le premier soir, on ne cache rien

Première séance : les croquettes sont alignées sur le carrelage, à une main du bol, en plein passage. Il les trouve en marchant dessus. C'est voulu. Le but n'est pas de le faire réfléchir, c'est qu'il comprenne que la nourriture peut être par terre.

Deuxième et troisième soirs : sous le bord du tapis, derrière le pied de la chaise, dans l'angle du mur. Toujours à hauteur de nez, toujours dans la même pièce, toujours à quelques pas du bol.

Ensuite seulement, on complique. Et la règle que je me suis donnée : si le chaton passe deux fois devant une cachette sans la voir, ce n'est pas qu'il est bête, c'est que j'ai sauté une étape. Je redescends d'un cran, sans commentaire.

Boîte à œufs, moule à muffins, serviette

Une boîte à œufs en carton, couvercle retiré, quelques alvéoles occupées sur les douze. Le museau entre, ressort, la patte gratte. Le carton se déchire vite : dès qu'une alvéole part en lambeaux, elle va à la poubelle, sinon c'est du carton avalé.

Un moule à muffins en métal, lourd, stable, avec une croquette dans trois ou quatre alvéoles. Le bruit de la patte sur le métal l'intéresse autant que la croquette elle-même.

Une serviette éponge roulée en boudin, croquettes glissées dans les plis. Il pousse, ça se déroule, il suit.

Ce que je vérifie avant chaque fois : rien qui puisse se détacher et passer sous une langue de chaton. Pas d'agrafe, pas de couvercle clipsable, pas de petit bouchon, pas d'élastique. Pas de sac plastique non plus, et pas de cachette dans un tissu auquel je tiens.

Ce qui ne se cache pas

La pâtée reste dans le bol, à heure fixe. Elle sèche, elle colle, elle prend une odeur désagréable en vingt minutes, et un chaton qui la retrouve trois quarts d'heure plus tard mange quelque chose de froid et à moitié racorni. Les croquettes font tout le travail de recherche ; la pâtée garde son rôle de repas servi.

L'eau reste à sa place habituelle, pleine.

Et il y a des endroits où je ne cache jamais : près de la litière, près des produits ménagers, sous l'évier, dans un placard où le chaton pourrait se retrouver enfermé. Le jeu doit rester dans les zones où je circule.

Court, et sous les yeux

Un chaton a un petit estomac et des repas rapprochés. Le jeu ne remplace pas un repas, il le précède, et il dure quelques minutes. Quand il commence à s'asseoir entre deux cachettes, c'est terminé : je ne le relance pas. Mieux vaut arrêter pendant qu'il cherche encore que le laisser abandonner.

Je ne le fais pas non plus au moment où il tourne autour de mes chevilles depuis vingt minutes. Trop affamé, il écrase les cachettes et avale sans chercher. Ça marche mieux sur un chaton déjà un peu calmé, et je reste dans la pièce les premières semaines, surtout avec du carton.

Avec deux chatons dans la maison, ça devient une compétition : je sépare en deux zones, ou je laisse tomber pour ce repas-là.

Le chaton qui ne joue pas

Si je passe la main sur le dos et que les côtes sont là comme des touches de piano en trop, ce n'est pas le moment de transformer la ration en jeu. Un chaton qui laisse du foodans le bol, qui dort beaucoup, qui a les selles molles, a besoin d'un vétérinaire, pas d'une boîte à œufs. Même chose si le vétérinaire a demandé de surveiller les quantités : on ne joue pas avec une ration sous surveillance.

Aucun jeu de nourriture ne traite quoi que ce soit. Il occupe un nez et un cerveau ; il ne remplace ni un examen, ni un traitement, ni une décision prise en consultation.

Ce que ça change, concrètement

Après la séance, le chaton se lave, se roule en boule et dort d'un sommeil lourd. Et puis, quelques jours plus tard, il y a ce détail que je guette : j'ouvre le placard, et au lieu de fixer le bol, il arrive et il inspecte le sol. Le nez au ras du parquet, il refait le parcours de la veille.

Il y a des soirs où ça ne prend pas : un chaton fatigué, une pièce trop grande, une poignée mal répartie. Le lendemain, je simplifie et je recommence plus près du bol. Le jeu de recherche n'est pas une méthode qu'on applique, c'est un repas qu'on déplace.

À propos de l’auteur Nés dans le Salon

Ce sont des personnes qui ont accueilli des portées de chatons chez elles, le plus souvent comme familles d'accueil pour une association de protection animale, et qui ont continué à suivre ces chatons après leur adoption. Elles connaissent les nuits courtes des trois premières semaines, le départ vers huit semaines, puis les questions qui reviennent pendant la première année.

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